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Avec le rachat de Delivery Hero par Uber, nouvelle consolidation dans la livraison de repas
Jusqu'où ira la consolidation dans la livraison de repas ? L'entreprise allemande Delivery Hero a accepté jeudi une offre de rachat du géant américain Uber pour 12,7 milliards d'euros, une vaste opération qui devrait être scrutée par les gendarmes de la concurrence.
Déjà premier actionnaire de son concurrent allemand, avec environ 36% des parts détenues indirectement, Uber a musclé sa première offre formulée en mai pour en obtenir la majorité.
Il s'agit d'une nouvelle opération de consolidation dans le secteur, après l'acquisition du britannique Deliveroo par l'américain DoorDash et celle du néerlandais Just Eat Takeaway par son compatriote Prosus.
Et elle donne le tournis : les deux entités veulent former une plateforme présente dans 99 pays, d'une valeur marchande brute de 236 milliards d'euros selon les chiffres de 2025, avance un communiqué de Delivery Hero.
Ce qui devrait susciter l'attention accrue des autorités nationales de la concurrence, Uber et Delivery Hero étant en compétition sur une multitude de marchés.
- Amende de Bruxelles -
Pour s'en prémunir, l’entreprise allemande a en parallèle annoncé la cession de ses activités dans 14 pays en Europe et en Amérique du Sud pour 1,4 milliard d'euros à un autre acteur, le fonds d'investissement new-yorkais SSW Partners.
L'Europe ne représente que 17% des revenus de Delivery Hero en 2025, qui tire plus de la majorité de son chiffre d'affaires d'Asie et du Moyen-Orient et qui s'est retiré du marché allemand.
La Commission Européenne avait déjà contraint le groupe à payer une amende de 329 millions d'euros en 2025 pour avoir limité la concurrence en Espagne, se servant d'une participation minoritaire dans sa filiale locale Glovo.
Ces pratiques ont affaibli l'innovation et ont fait monté les prix, soulignait alors l'exécutif européen.
"Dès qu'il y a des rachats de ce genre et une position dominante sur le marché, on peut légitimement craindre que cela se traduise par des hausses de prix", prévient Kai Hudetz, directeur de la société d'études de marché IFH Cologne spécialisée dans le commerce en ligne.
Or, "les consommateurs sont actuellement trop sensibles aux prix", note-t-il.
Uber avait déjà échoué l'an dernier dans le rachat de la filiale taiwanaise de Delivery Hero, bloquée par les autorités locales qui craignaient un contrôle de 90% du marché taiwanais.
Delivery Hero, qui embauche environ 3 millions de livreurs dans le monde, espère parachever la vente au second semestre 2027 sous réserve des autorisations requises.
"La plateforme mondiale de mobilité et de livraison d’Uber, ainsi que notre engagement commun en faveur de l’innovation, font de ce partenariat le bon choix pour capitaliser sur les atouts de Delivery Hero dans la livraison de repas locale et le +quick commerce+", justifie Niklas Östberg, directeur général et cofondateur de Delivery Hero, dans le communiqué.
- Rentabilité -
L'offre d'Uber Eats représente une prime d'environ 34% par rapport au cours moyen de l'action allemande sur les trois derniers mois, selon le communiqué.
Vers 10H30 GMT, les investisseurs de la bourse de Francfort gardaient la tête froide face à l'annonce, le titre progressant de 1,26% à 38,65 euros après avoir chuté à l'ouverture des marchés.
Delivery Hero, comme tout le secteur de la livraison de repas, a connu une forte croissance depuis sa fondation en 2011, encore accélérée par la pandémie de Covid-19.
Mais l'entreprise n'a jamais été rentable, encaissant une nouvelle perte nette de 700 millions d'euros en 2025.
Son patron Niklas Östberg s'apprête à quitter la tête du groupe en mars 2027.
Uber s'engage par ailleurs à conserver le siège de Delivery Hero à Berlin, garantir le contrôle "indépendant et exclusif" du directoire et du conseil de surveillance sur l'entreprise et à "protéger" les employés jusqu'en 2029.
Le mastodonte américain promet aussi d'investir deux milliards d'euros jusqu'en 2031 en Allemagne.
A.Williams--AT