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En Irak, la réalité virtuelle pour plonger dans le Mossoul d'avant la guerre
Casque de réalité virtuelle sur la tête, Mahiya Youssef pivote sur elle-même. Les images la "transportent" dans les vestiges de Mossoul d'avant la guerre contre les jihadistes, qui ont saccagé nombre de sites historiques dans la métropole irakienne, toujours marquée par le conflit.
L'emblématique mosquée al-Nouri, avant qu'elle ne soit détruite à coup d'explosifs par le groupe Etat islamique (EI), mais aussi l'église al-Tahira, au détour des ruelles tortueuses de la vieille ville: à l'aide de milliers d'images, des ingénieurs de Mossoul ont donné une seconde vie -- virtuelle -- à cinq sites historiques de Mossoul et sa province de Ninive.
L'expérience est proposée par la Maison du Patrimoine de Mossoul, musée privé inauguré à la mi-juin dans une bâtisse à l'élégante façade de marbre gris, au bord du Tigre.
"Le musée m'a ramenée quarante ans en arrière", soupire Mahiya Youssef, retirant le casque noir vissé sur son hijab rose.
"On est transporté dans un autre monde. J'aimerais tellement que ce soit ça le vrai Mossoul, pas un Mossoul virtuel", poursuit la quinquagénaire, un collier en or tombant sur sa tunique noire.
"Le retour à la réalité est douloureux", lâche-t-elle.
Cinq ans après la mise en déroute de l'EI et la reconquête de Mossoul par les forces irakiennes et une coalition internationale, la métropole du Nord reste un patchwork de bâtiments en ruines et d'immeubles en construction, comme autant de témoignages de la violence des combats.
Les habitants sont revenus mais les sites historiques, mosquées et églises centenaires, sont encore en cours de restauration. Des pans entiers du vieux Mossoul ne sont que des océans de décombres.
- "Sauver la mémoire" -
Au premier mois de son inauguration, le musée a accueilli plus de 4.000 visiteurs, affirme son fondateur, Ayoub Younès.
"Il est ouvert à tous les visiteurs qui n'ont pas vu le patrimoine de Mossoul détruit par la guerre", explique le jeune homme de 29 ans.
Pour essayer l'unique casque de réalité virtuelle dont dispose l'institution, les curieux sont placés dans une pièce aux murs sombres.
Ils peuvent parcourir virtuellement cinq sites, dont la mosquée al-Nouri, ou encore le site archéologique de Hatra. Cette cité vieille de plus de 2.000 ans, dans un désert à une centaine de kilomètres de Mossoul, a été saccagée à la pioche par les jihadistes qui ont occupé jusqu'à un tiers du territoire irakien en 2014.
"De nombreux enfants n'ont jamais vu par exemple la mosquée al-Nouri et son minaret al-Hadba", dont seule la base subsiste aujourd'hui, reconnaît M. Younes.
Les paysages virtuels ont été réalisés par les ingénieurs spécialisés de Qaf Lab, qui se présente comme un "hub d'innovation" et un incubateur soutenant les jeunes entrepreneurs.
Sur son écran d'ordinateur, un membre de l'équipe, Abdallah Bachir, exhibe une réplique en 3D de la mosquée abritant la tombe du prophète Jonas (Nabi Younès), détruite par les jihadistes.
"Nous avons utilisé des photos personnelles ou des clichés pris par des habitants. On a ainsi pu reconstituer la mosquée", dit-il. La principale difficulté: "le manque de photos des sites antiques. Il y avait très peu de photos avant 2014".
Pour l'ingénieur, le projet est "une manière de sauver la mémoire de Mossoul".
- "Reconstruction lente" -
Dans les salles voutées soutenues par des piliers en marbre, une centaine de pièces sont également exposées dans les vitrines du musée: des amphores en terre cuite, des récipients en métal, une vieille radio.
Il y a aussi un samovar en argent, des lampes à huile, des tentures traditionnelles aux murs. Des objets du quotidien, datant le plus souvent du siècle passé, des donations effectuées par des familles mossouliotes.
En fauteuil roulant, Mohamed Abdallah fait le tour des vitrines, après avoir tenté l'expérience de la réalité virtuelle. Pour lui aussi le contraste avec la réalité est douloureux.
"La reconstruction est extrêmement lente, elle n'est pas à la hauteur des ravages", déplore le jeune homme.
Il appelle à accélerer la restauration des sites du patrimoine, pour attirer les touristes mais aussi pour "insuffler la vie" aux quartiers environnants.
Malgré le goût amer que lui laisse sa promenade en 3D, il n'a pas perdu espoir. "Un jour viendra où quand on fera cette balade dans la réalité, elle sera encore plus belle que le virtuel."
E.Flores--AT