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David Hockney, un hymne à la vie en couleurs
Artiste parmi les plus influents des 20e et 21e siècles, David Hockney, décédé jeudi à Londres à l'âge de 88 ans, laisse une oeuvre gigantesque et vibrante de couleurs, des paysages verdoyants de son Angleterre natale aux piscines turquoises de Californie.
Figure du pop art des années 1960, le Britannique s'est illustré par sa capacité à se renouveler, maîtrisant les techniques académiques avant de s'emparer des nouvelles technologies, avec ses oeuvres à l'iPad, réalisées à 70 ans passés.
Une inventivité exceptionnelle au coeur de la plus grande exposition à lui être consacrée, en 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, dans laquelle David Hockney s'était beaucoup impliqué.
Rieur et malicieux derrière ses célèbres lunettes rondes, ce "fumeur heureux" allergique aux "donneurs de leçons" s'émerveillait en avril 2025 d'avoir pu inaugurer l'événement, malgré des problèmes de santé.
Ses oeuvres emblématiques, avec leurs couleurs audacieuses et une perspective originale, sont entrées dans la culture populaire, comme "A Bigger Splash" (1967), éclaboussure dans une piscine d'une villa californienne baignée de soleil, symbole de plaisir et de sensualité.
- Artiste coté -
Il était l'un des artistes les plus cotés. Adjugée 90,3 millions de dollars en 2018 à New York, l'une de ses toiles, "Portrait of an Artist (Pool with two figures)", est devenue à l'époque l'oeuvre d'un artiste vivant la plus chère vendue aux enchères, détrônée depuis par le lapin du sculpteur américain Jeff Koons.
Né le 9 juillet 1937 à Bradford (nord-est) au sein d'une famille modeste, Hockney a dû affronter les préjugés de l'Angleterre d'après-guerre, réalisant très tôt qu'il était homosexuel et voulait être artiste.
Objecteur de conscience, comme son père avant lui, le jeune homme fait son service militaire comme infirmier avant d'intégrer le prestigieux London's Royal College of Art en 1959.
Sa peinture "Doll Boy" -- une référence à son attirance pour le chanteur pop Cliff Richard -- frappe l'attention du marchand d'art John Kasmin.
"Je lui ai envoyé une lettre au Royal College of Art, où il étudiait, pour l'inviter à prendre le thé", se souvenait M. Kasmin en 2013. "Il avait des cheveux noirs coupés en brosse, des lunettes de la Sécurité sociale, était terriblement timide et très pauvre".
Peu après son diplôme, Hockney expose pour la première fois seul dans la galerie de Kasmin et commence à se faire un nom dans le monde de l'art.
- "Un travailleur" -
Il s'installe en Californie en 1964 et se met à peindre les paysages vifs et lumineux qui le propulsent comme une des figures du pop art, notamment grâce à sa série de peintures de piscines.
A la fin des années 60, "il n'y avait plus aucune trace de timidité en lui", s'amusait M. Kasmin. "C'était déjà une star, voyageant à travers le monde, frayant avec la haute société et séjournant dans de grands hôtels".
S'il fréquente assidûment la jet-set, Hockney n'est pas un "fêtard". "Je me fiche qu'on me voie comme ça, mais, en fait, je suis un travailleur. Un artiste peut être favorable à l'hédonisme, mais il ne peut être lui-même un hédoniste", disait le peintre au Guardian en 2015.
Hockney voyage entre le sud de la France, le Maroc, Londres, New York et Los Angeles. Il peint les portraits de ses amis designers, danseurs et artistes, mais aussi de sa famille et de ses amants, souvent représentés dans des situations de la vie quotidienne.
En plus de la peinture et des dessins, Hockney réalise des décors de théâtre, des gravures. Dans les années 80, il s'essaie à la photographie. Trouvant son point de vue trop étroit, cyclopéen, il réalise des montages de centaines de pièces différentes qui reconstituent une image, avec une vision latérale et périphérique.
- Dandy -
Pendant la décennie suivante, Hockney retourne régulièrement dans son Yorkshire natal auprès de sa mère âgée. Ses visites se faisant plus longues, il se met à peindre la campagne environnante, se réinventant en peintre paysagiste. Ses tableaux rappellent parfois le fauvisme, Cézanne et Van Gogh.
Friand de nouvelles technologies, il a utilisé le Polaroid et la vidéo, avant d'adopter l'iPad. Ses œuvres créées grâce à la tablette ont fait l'objet de plusieurs expositions.
"La nature est source de tout! Ma joie ? Elle vient de la façon dont je regarde le monde", confiait-il à l'AFP en 2021.
Il disait aussi ne peindre que les personnes qu'il connaissait bien. C'était la principale raison pour laquelle il avait refusé à plusieurs reprises de réaliser le portrait de la défunte reine Elizabeth II, expliquait-il au Times.
Outre ses emblématiques lunettes, ce dandy anglais était souvent coiffé d'une casquette et se distinguait par son sens du style, injectant des touches de couleurs vives dans les pièces classiques du vestiaire masculin.
Hockney est devenu sourd à partir de la quarantaine, un handicap hérité de son père, et avait été victime d'un petit AVC en 2012. Il s'était installé en 2019 en Normandie, avant de revenir vivre à Londres en juillet 2023.
H.Gonzales--AT