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Exilé en France, le cinéaste israélien Nadav Lapid dénonce un appel au boycott "cruel"
Critique féroce de Benjamin Netanyahu, le réalisateur israélien exilé en France Nadav Lapid a dénoncé lundi auprès de l'AFP l'appel au boycott "cruel" qui l'a contraint à renoncer à se rendre à un festival de cinéma à Marseille.
"ll y a dans cette démarche quelque chose qui est très, très moche, pervers, très cruel et violent", a déclaré le réalisateur, dont le dernier film "Oui" (2025) brosse le portrait d'une société israélienne défigurée par la soif de vengeance après le 7-Octobre et indifférente aux morts palestiniens à Gaza.
Lauréat de l'Ours d'or en 2019, le réalisateur a annulé sa venue au festival international du cinéma FID Marseille, où il devait présenter son film "Le Policier" (2011), après avoir été visé par des appels au boycott.
Contactée par l'AFP, la directrice du FID, Tsveta Dobreva, a expliqué que l'appel avait été lancé en interne contre le festival par des cinéastes sélectionnés, qui refusaient dans un premier temps de voir le cinéaste israélien siéger au jury. Avant de s'en prendre à la projection du film. "C'est à ce moment-là où Nadav Lapid s'est retiré lui-même", a-t-elle expliqué.
Avec l'appel au boycott, "une dizaine de films" se sont retirés sur les 120 programmés dans le cadre de ce festival qui promeut fictions et documentaires du cinéma indépendant, indique Mme Dobreva.
Dans un communiqué, le FID a déploré le boycott, jugeant "parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable ou comptable de la politique raciste, colonialiste et génocidaire menée par le gouvernement de son pays".
"Les voix singulières qui, comme celle de Nadav Lapid, s'efforcent de penser la violence propre à l'État et à la société d'Israël doivent être au contraire accueillies et écoutées, quitte à ensuite contester ou déconstruire les récits," selon le texte.
- "Aucune contrepartie" -
Auprès de l'AFP, Nadav Lapid déplore "la résignation" du festival et l'appel au boycott qui l'a renvoyé à sa "vulnérabilité" d'exilé en France, où il est installé depuis cinq ans pour protester contre la politique du gouvernement israélien.
"Quand j'ai vu les pressions par rapport à ma participation au festival, je me suis dit que peut-être je n'avais pas une place en France. Si ma présence est inacceptable et si on peut juste m'effacer ou me balayer d'un événement du cinéma, je ne sais pas ce que je vais foutre ici en fait", dit-il.
Les tenants du boycott reprochent notamment au cinéaste d'avoir bénéficié de fonds publics israéliens pour financer très partiellement le film "Oui", présenté à Cannes en 2025 à la Quinzaine des cinéastes.
"La subvention israélienne dont a bénéficié le film vient d'un fonds public et non pas gouvernemental et c'est typiquement le genre d'organisme indépendant qui est attaqué par le gouvernement Netanyahu", déclare à l'AFP Judith Lou Lévy, productrice de "Oui" au sein des Films du Bal, ajoutant que ces fonds publics ne représentaient que 12% du budget du film.
"En aucun cas, il n'y a eu de contrepartie et le film est très clair sur ce sujet", ajoute la productrice, selon qui l'appel au boycott "aggrave le manque d'un espace de discussion essentiel qui aurait permis de lever des malentendus sur la production de ce film, d'initiative française, et sur son contenu, extrêmement critique de la politique israélienne".
Auprès de l'AFP, Nadav Lapid assure "refuser de s'apitoyer sur son sort" mais se dit "soulagé" que des professionnels du cinéma aient pris l'initiative de lancer une tribune pour le soutenir, et à laquelle le FID affirme souscrire "pleinement".
Intitulé "Le cinéma n'est pas une ambassade", le texte, qui doit être publié mardi avec sa liste de signataires, s'inquiète qu'un artiste qui "a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l'anéantissement de Gaza" puisse être assimilé à "une quelconque forme d'ambassade culturelle israélienne".
O.Gutierrez--AT