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Radio Nova: esprit, es-tu encore là ?
Radio Nova a-t-elle perdu son âme en retrouvant un public ? Ancrée depuis toujours à gauche, la station défricheuse de sons a pris un virage plus politique et radical qui fait exploser ses audiences, au risque, selon certains anciens, de renier son ADN.
Portée par une flopée d'humoristes en rupture avec France Inter (Guillaume Meurice, Aymeric Lompret...), la radio créée en 1981 dans un élan libertaire a multiplié sa modeste audience par quatre en deux ans (2,8% en cumulé) en assumant une "bataille culturelle" contre l'extrême droite et un ton corrosif qui divise.
Dans Le Figaro, Ariel Wizman, ancienne figure de l'antenne, a accusé Nova de "cracher du chaos" et de "monter les uns contre les autres" au service d'un "Mélenchotainment saupoudré de rivalité victimaire".
La charge, virulente, est loin de faire l'unanimité chez ceux qui ont gravité dans cette radio tête chercheuse, temple de la contre-culture, qui a couvé la naissance du rap ou de la french touch. Jamel Debbouze ou Omar Sy y ont éclos; le DJ Laurent Garnier a été, un temps, son programmateur musical.
Mais un certain malaise a gagné quelques anciens, attachés à "l'esprit Nova" du fondateur Jean-François Bizot -frondeur, épicurien, pionnier- comparable à "l'esprit Canal" des années 80-90.
"Ca m'effraie que ce soit devenu si politique parce que ça requiert une responsabilité et une dignité absolues et c'est beaucoup pour les épaules d'une petite radio comme Nova", témoigne une ancienne de la station, qui comme beaucoup de personnes jointes par l'AFP requiert l'anonymat.
Une autre se montre plus alarmiste sur la perte d'identité de cette radio dont le mantra "le grand mix" invitait, selon elle, au mélange des genres et des gens.
"C'est devenu une banderole ultra-politisée, ultra-polarisée, où on met les gens les uns contre les autres. On n'est plus du tout dans l'utopie joyeuse", dit cette ancienne voix de l'antenne.
Selon un ex-cadre, Nova, par son ouverture sur les marges, "était politique mais ne faisait pas de politique".
- "Contrepoids" -
Rachetée en 2015 par le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, Nova assume son rang dans le groupe Combat (Les Inrocks...) qui veut "faire contrepoids" aux "milliardaires de droite et d'extrême droite". Mais récuse faire de la politique.
"Nova était devenue une sorte de radio nostalgique", affirme à l'AFP son directeur délégué Frédéric Antelme. "On l'a remise dans son époque, une époque plus politisée et plus polarisée, mais on ne fait pas de politique. On défend juste un point de vue satirique et humoristique".
Programmateur musical pendant quinze ans sur Nova, Emilien Aumard appelle, lui, à éviter "les faux procès". "Nova faisait déjà de la politique avant", affirme-t-il, tout en regrettant que la station ait perdu "son ADN sur la musique, en amont des tendances".
Ancien animateur sur Nova, Aurélien Haas se réjouit, lui, que ce changement dans la ligne de Nova ait "revitalisé" une radio qui "était en train de mourir", même si lui-même en a pâti.
En 2024, son émission avait été supprimée, "brutalement" selon lui, pour faire place à "La Dernière" de Guillaume Meurice, qui tire les audiences chaque dimanche, en surfant sur un humour corrosif et anti-système. Une chronique a valu à la radio une plainte du ministère de l'Intérieur.
"J'ai la sensation qu'ils appuient fort sur le curseur parce que tout le monde fait ça", estime Aurélien Haas. "Je ne dis pas que c'était mieux avant. Je dis juste qu'aujourd'hui, tout doit être plus puissant, moins nuancé. S'ils faisaient autrement, ça ne marcherait pas", estime-t-il.
Un sketch de l'émission "Riposte" a, quant à lui, suscité des accusations d'antisémitisme et de transphobie.
"Le fait qu'on ait plus de succès agite tout le monde et certaines chroniques ou blagues polémiques ont attiré la curiosité mais ce sont de petits phénomènes dans la globalité de ce que Nova propose", répond Frédéric Antelme, qui assure que la radio est à "70%" musicale et reste fidèle à ses origines.
"Sur la volonté de surprendre, de repousser les frontières culturelles et de proposer une autre lecture du monde, l'esprit Nova reste identique", assure-t-il.
Y.Baker--AT