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Dans la province russe, le ballet comme bulle pour deux danseurs japonais
Pointes, demi-pointes, entrechats: Jotaro et Harouka, deux danseurs japonais installés à Nijni-Novgorod, en Russie, l'une des scènes historiques du ballet, vivent entièrement au rythme de leur art, même si la guerre en Ukraine s’invite parfois dans leur quotidien.
Jotaro Kanazasi, 32 ans, a choisi de s'établir il y a 14 ans en Russie, terre du Bolchoï de Moscou et du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, pour se réaliser "pleinement comme danseur", comme il l'explique dans un russe assez rudimentaire.
Le sorcier maléfique Rothbart dans "Le Lac des cygnes" de Tchaïkovski, Albrecht dans "Giselle" d'Adolphe Adam... Jotaro enchaîne les rôles en tant que premier danseur au théâtre d’opéra et de ballet de Nijni-Novgorod, à 400 km à l'est de Moscou.
"J’adore le ballet russe et j’ai toujours voulu devenir danseuse, mais il n’existe pas d’école nationale de ballet au Japon, c’est pour cela que j’ai choisi la Russie", explique sa compatriote Harouka Takemi, 20 ans, installée en Russie depuis six ans.
Plongés dans leur vie de danseurs professionnels, Harouka et Jotaro avouent ne pas être particulièrement touchés par l’actualité et la guerre que Moscou mène en Ukraine depuis février 2022.
Depuis le début de l'offensive, de nombreux danseurs étrangers ont quitté la Russie, et certains Russes, dont la danseuse étoile du Bolchoï, Olga Smirnova, sont aussi partis.
- "Rester en contact" -
"C’est ma mère qui m’envoie tout le temps des articles sur la Russie, sur l’actualité, sur ce qui se passe ici, pour que je sois aussi au courant", explique Harouka, dont le pays d'origine, le Japon, soutient l’Ukraine depuis le début de l’offensive russe et s’est aligné sur les sanctions occidentales contre Moscou.
"Je suis soit au théâtre, soit à la maison, puis encore au théâtre. Je travaille tout le temps et je ne pense presque qu’au ballet", ajoute la danseuse, précisant que ce sont ses proches qui "s’inquiètent" pour elle.
En réponse aux bombardements meurtriers menés quasi-quotidiennement par l’armée russe, l’Ukraine frappe régulièrement des cibles en Russie, affirmant viser des sites militaires mais aussi énergétiques afin de réduire la capacité de Moscou à financer son offensive.
Nijni-Novgorod, ville pourtant située à plus de 800 km de l'Ukraine, n'est pas épargnée.
La raffinerie du géant russe Lukoil située à Kstovo, à moins de 20 km du centre-ville, a ainsi été la cible d'attaques ukrainiennes ces dernières semaines.
"Il y a aussi les difficultés avec internet, les messageries sont parfois bloquées. Il faut utiliser un VPN (réseau virtuel privé, ndlr), parce que j’ai besoin de rester en contact avec mes proches pour qu’ils sachent que je vais bien", énumère encore Harouka.
Car la Russie a instauré des restrictions numériques sans précédent depuis plusieurs mois, limitant notamment l’accès à l’internet mobile.
"Il y a pas mal de danseurs japonais en Russie, diplômés des plus prestigieuses écoles russes comme la MGAH (l’Académie d’Etat de chorégraphie de Moscou, ndlr), l’Académie Vaganova à Saint-Pétersbourg ou encore l’école de Perm, dans l’Oural", explique Valéri Konkov, directeur de la troupe du ballet de Nijni-Novgorod.
Selon les danseurs, il est difficile de faire carrière comme danseur classique au Japon, alors, glisse Jotaro, "tant que je pourrai danser, je resterai ici".
F.Ramirez--AT