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Xenia Fedorova, accusée d'être la voix du Kremlin dans les médias Bolloré
Ancienne patronne de la chaîne russe RT en France et chroniqueuse dans les médias de la galaxie Bolloré, dont CNews, Xenia Fedorova est accusée jusqu'au sein du gouvernement français d'y dérouler la propagande du Kremlin.
"Mme Fedorova reprend mot pour mot les narratifs de propagande russe", notamment "quand elle impute aux Européens et à l'Otan la responsabilité de la guerre d'agression en cours" en Ukraine, assure un porte-parole du Quai d'Orsay à l'AFP.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pointé mercredi les "propos très graves" de Xenia Fedorova, qui "inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l'Ukraine".
Sollicitée par l'AFP via CNews, la Russe de 45 ans n'a pas souhaité s'exprimer, faute de garantie que ses réponses écrites seraient reproduites in extenso. La chaîne n'a pas non plus fait de commentaire.
Xenia Fedorova intervient régulièrement sur CNews et Europe 1, signe une chronique dans l'hebdomadaire le JDNews et présente l'émission religieuse "Lumières orthodoxes" sur Canal+. Ces médias sont dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, comme l'éditeur Fayard, chez qui elle a publié le livre "Bannie" début 2025.
Ses interventions sont marquées par des thèses récurrentes: selon elle, "c'est l'Occident qui a décidé de prolonger" la guerre en Ukraine, l'Europe est tentée d'"aller en guerre contre la Russie" et la "liberté d'expression" n'est pas réelle en France.
- L'Arcom saisie -
Certains propos tenus sur CNews ont motivé plusieurs saisines de l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, dont l'une par l'eurodéputée centriste Valérie Hayer. Elles sont en cours d'examen.
Auparavant, Xenia Fedorova dirigeait RT France, branche française de la chaîne russe Russia Today (RT), interdite dans l'UE depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
"Grâce aux médias de Bolloré, elle a une visibilité dans l'espace médiatique français incommensurablement plus importante que du temps de RT France", juge Maxime Audinet, chercheur à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) et auteur en 2021 d'un livre sur RT, "Un média d'influence d'État". Il avait été poursuivi en diffamation par RT France et a été relaxé.
Julien Nocetti, chercheur associé à l'Ifri, voit en Xenia Fedorova "un agent d'influence" pro-russe sans équivalent dans les autres pays d'Europe.
"Elle n'est pas venue là les mains dans les poches, ce que pourrait sous-entendre son apparence un peu juvénile, avec une voix très discrète", estime ce spécialiste de la guerre informationnelle menée par la Russie.
"Ce que j'ai fui en Russie a désormais atteint la France", s'alarme quant à elle la journaliste Marina Ovsiannikova, qui a quitté son pays clandestinement en 2022, après avoir brandi une pancarte anti-guerre à la télévision d'État.
- Titre de séjour -
Pour M. Audinet, la présence de Mme Fedorova et d'autres anciens de RT France dans les médias de la galaxie Bolloré s'explique par certaines "convergences": "la critique de l'Union européenne" ou la "posture contre-hégémonique" face à une supposée "norme dominante".
Dans une longue enquête, Le Monde va plus loin et voit en Xenia Fedorova "la protégée" de M. Bolloré. Le quotidien en veut pour preuve sa présence à un récent déjeuner de l'Institut de l'Espérance, cercle de réflexion lancé par le milliardaire.
Parmi les invités figurait la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a révélé Le Monde. "Personne n'avait indiqué la présence de Xenia Fedorova" au déjeuner, a affirmé à l'AFP l'entourage de la ministre, en assurant qu'elle n'y serait pas allée dans le cas contraire.
Autre interrogation, la prolongation en 2024 et pour dix ans du titre de séjour de Mme Fedorova en France, alors que l'actuel ministre de la Justice, Gérald Darmanin, était à l'Intérieur. Sollicités par l'AFP, les deux ministères se sont renvoyé la balle.
"Avoir prolongé son titre de séjour pour une durée assez longue, sachant la nature des propos tenus, c'est hallucinant", selon Julien Nocetti.
"Les propriétaires de CNews, du JDNews et des organes de presse dans lesquels s'exprime cette dame sont souvent beaucoup plus durs et exigeants avec la présence d'étrangers en France", a persiflé jeudi sur France Inter l'ancien Premier ministre Édouard Philippe.
pr-Dt-tll-sb-as-sm/arb/jlo/mpm
O.Brown--AT