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Voiture folle dans un carnaval belge: un accusé "autophile" face à ses juges
"Mon bébé", "ma bombe". Paolo Falzone aimait sa nouvelle voiture au point de multiplier les vidéos le montrant parader au volant. Son procès s'est ouvert lundi en Belgique, où il doit répondre de sept meurtres pour avoir foncé en 2022 dans un cortège de carnaval.
Au premier jour de l'audience, la cour a commencé à lever le voile sur la personnalité de l'accusé, qui va affronter le regard de près de 200 parties civiles, à Mons (sud), dans ce procès hors normes prévu jusqu'à fin juin.
Décrit dans l'enquête comme "autophile", menant une existence axée autour de sa voiture et du sentiment de puissance qu'elle lui conférait, Paolo Falzone a admis pour la première fois publiquement ce mauvais penchant. Qui lui fait éprouver "avec le recul, un énorme regret", a-t-il dit.
"Me filmer à des vitesses folles, je le faisais assez souvent, je le reconnais, je l'assume complètement (...) J'étais complètement débile de faire ça", a ajouté cet homme de 38 ans, sous le feu des questions de la présidente.
Le drame qui lui vaut de comparaître en cour d'assises s'est produit à Strépy-Bracquegnies, une section de la ville de La Louvière, le 20 mars 2022, un dimanche de défilé de "Gilles" en sabots, costume à grelots et coiffe blanche.
A 5H00 du matin, au moment du "ramassage" précédant la parade de carnaval, Paolo Falzone ne maîtrise pas sa vitesse --plus de 170 km/h à quelques seconde de l'impact--, et fauche un groupe d'une centaine de personnes rassemblées sur la chaussée.
- Une énième "story" -
A cette heure-là, il est de retour de boîte de nuit avec un ami à ses côtés. Il tient le volant d'une main, l'autre étant occupée à tourner une vidéo avec son smartphone, pour une énième "story" sur ses réseaux sociaux.
Entre mai 2020 et l'accident de mars 2022, il a publié sur internet près d'une centaine de vidéos de lui dans sa nouvelle BMW, a mis en évidence l'enquête.
Ce dimanche de carnaval, le choc avec le "mur de piétons" qui se dresse devant lui a été extrêmement violent.
Six personnes sont tuées sur le coup. Les secours rapidement dépêchés sur place dénombrent une quarantaine de blessés, dont certains très grièvement. Un septième décès interviendra en 2024.
Fait exceptionnel pour un accident de la route, la justice a voulu que ce procès se tienne devant un jury populaire. Paolo Falzone doit répondre de sept meurtres et 81 tentatives de meurtre, correspondant à la taille du groupe présumé ciblé.
Des qualifications que son avocat, Frank Discepoli, conteste vivement.
"Le dossier démontre que ce n'est pas la première fois qu'il roulait de façon totalement irresponsable. Il le reconnaît. Mais il n'a jamais eu l'intention de tuer!", a lancé l'avocat, interrogé par l'AFP avant le procès.
Face aux jurés, Me Discepoli a tenu à cette mise en garde lundi après la lecture de l'acte d'accusation par le procureur général.
"Nous vous demandons de le condamner pour ce qu'il a fait. C'est hors de question que votre réflexion soit atteinte par de la haine", a-t-il lancé.
La tragédie avait provoqué une émotion considérable en Belgique, donnant lieu à un hommage national aux victimes en présence du Premier ministre de l'époque.
- "Inaudible" -
"Je suis toujours dans l'incompréhension, comme il y a quatre ans, dévastée", a confié à l'AFP Lorena Cascarano, qui a perdu dans l'accident ses deux parents et un oncle maternel.
Durant ce procès où quelque 270 témoignages sont attendus les parties civiles vont marteler que le drame ne relève pas d'une simple imprudence ou négligence. Et plaider l'élément "intentionnel" en raison de plusieurs circonstances exceptionnelles.
"Je ne peux pas concevoir qu'on renverse quelqu'un, qu'on roule dessus, qu'on poursuive sa route, et qu'on vienne dire que c'est involontaire, c'est inaudible!", a fait valoir Me Jean-Philippe Mayence, qui défend une centaine de parties civiles.
Pour les jurés, un des points clés sera d'éclaircir pourquoi il a fallu à Paolo Falzone plus d'un kilomètre pour s'arrêter après le choc initial.
Deux personnes avaient pourtant traversé son pare-brise, et une troisième se trouvait sur le capot avant qu'elle ne chute. Des témoins ont affirmé avoir vu la voiture accélérer de nouveau pour passer sur le corps de ce "Gille".
Paolo Falzone encourt jusqu'à trente ans de prison. Son passager est jugé à ses côtés pour non-assistance à personne en danger.
W.Stewart--AT