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Timothée Chalamet se prend les pieds dans le tapis des Oscars
Qu'est-il arrivé à Timothée Chalamet ? Ultra-favori depuis janvier pour l'Oscar du meilleur acteur avec son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans "Marty Supreme", le Franco-Américain a été brutalement relégué au rang d'outsider dans la dernière ligne droite.
Depuis une semaine, le comédien est empêtré dans une polémique après avoir qualifié l'opéra et le ballet de "trucs" dont "plus personne n'a rien à faire".
Une critique qui lui a valu d'être tancé par des grands opéras, des célébrités hollywoodiennes comme Jamie Lee Curtis, ou encore le principal du lycée "LaGuardia" à New York, institution où l'acteur a fait ses gammes et qui a inspiré la comédie musicale "Fame".
Sur les réseaux sociaux, certains "haters" en profitent pour placer Chalamet à l'affiche d'un film imaginaire: "Comment perdre un Oscar en 10 jours".
Pourtant, cette controverse n'a "aucun impact sur les Oscars, ce n'est pas un facteur", rappelle à l'AFP Pete Hammond, chroniqueur du site Deadline, spécialisé dans l'actualité de l'industrie du divertissement.
Les propos de l'artiste, tenus fin février, étaient initialement passés inaperçus avant de provoquer un tollé en milieu de semaine dernière, soit juste avant la clôture du vote pour les Oscars, le 5 mars.
"C'est devenu viral très tardivement et ce n'était pas assez tôt pour influencer le vote", insiste M. Hammond.
- Trop jeune, trop arrogant ? -
La chute de Timothée Chalamet auprès de l'Académie n'en est pas moins impressionnante. Après avoir raflé le prix de la critique américaine et le Golden Globe du meilleur acteur début janvier, il semblait déjà avoir une main sur l'Oscar.
Mais ce scénario a soudainement déraillé dans les dernières semaines de campagne. D'abord avec une défaite aux BAFTA, l'équivalent britannique des Césars, puis un échec cuisant aux Actor Awards, remis par le syndicat des acteurs américains.
L'organisation a préféré Michael B. Jordan pour son double rôle de jumeaux mafieux, se rebellant contre l'Amérique ségrégationniste et confrontés à des forces surnaturelles dans "Sinners". De quoi relancer complètement le suspense, car les acteurs constituent le groupe de votants le plus important au sein de l'Académie.
Pour expliquer ce retournement spectaculaire, les hypothèses foisonnent.
Dès janvier, le New York Times rappelait qu'à 30 ans, Chalamet devait briser la "malédiction" des jeunes acteurs pour remporter l'Oscar.
L'Académie préfère historiquement les vétérans: Leonardo DiCaprio, en lice cette année pour "Une bataille après l'autre", en sait quelque chose, lui qui a dû attendre ses 41 ans et sa cinquième nomination pour être sacré.
Beaucoup sur les réseaux sociaux pointent également l'arrogance supposée d'un acteur qui a martelé l'an dernier sa volonté de faire partie des "grands" du cinéma, et a tout donné pour promouvoir "Marty Supreme".
- "Personnage antipathique" -
Timothée Chalamet a joué du ton prétentieux de son personnage, en faisant notamment fuiter une visioconférence parodique où il suggérait de repeindre la Statue de la Liberté à New York en orange, la couleur des balles de ping-pong du film. Il a aussi posé d'un air conquérant au sommet de la sphère géante de Las Vegas.
"C'était un chef-d'œuvre de marketing pour le film", qui a très bien marché au box-office, remarque M. Hammond. Mais ce "battage médiatique" a pu créer des attentes démesurées et finalement déçues, notamment auprès des "votants plus âgés".
Si la statuette échappe à Timothée Chalamet dimanche, cela pourrait être finalement à cause de Marty Mauser, le pongiste égoïste et arrogant du film, estime le chroniqueur.
"Il incarne un personnage antipathique, alors peut-être que tout est là-dedans: cela donne aux votants une raison de ne pas voter pour son personnage", dit M. Hammond.
Et de rappeler que Paul Newman avait déjà été snobé par les Oscars en 1961, malgré son excellente prestation de joueur de billard manipulateur dans "L'Arnaqueur".
Une membre de l'Académie assure avoir jugé Timothée Chalamet sur son seul travail, mais confie à l'AFP son rejet "viscéral" du protagoniste "détestable" de "Marty Supreme".
"Il a réussi à incarner un type antipathique, je lui accorde ça", dit cette votante. "Mais je n'ai pas eu l'impression qu'il ait dû se dépasser autant que Wagner Moura dans +L'Agent Secret+, ou même Leonardo DiCaprio dans +Une bataille après l'autre+."
A.O.Scott--AT