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Procès sur l'addiction aux réseaux sociaux: l'heure du verdict approche pour Meta et YouTube
Les avocats de la plaignante et des géants Meta et YouTube ont développé leurs derniers arguments jeudi à Los Angeles devant le jury qui doit trancher pour la première fois sur la question de savoir si les réseaux sociaux peuvent être tenus responsables de l'addiction des jeunes à leurs applications.
Les 12 jurés californiens vont entamer vendredi matin leurs délibérations, susceptibles de se prolonger la semaine prochaine, avant de rendre un verdict particulièrement scruté.
Ce procès inédit, marqué par l'audition en personne de Mark Zuckerberg, est en effet le premier d'une série destinée à servir de référence pour résoudre des milliers de litiges intentés par des familles et des districts scolaires contre Instagram, YouTube, Snapchat ou encore TikTok.
Un autre procès test est prévu à Los Angeles à partir de juillet, tandis qu'une procédure d'envergure nationale, regroupant des centaines de plaintes similaires, est en cours d'examen devant un juge fédéral californien.
Quel que soit le verdict de ce premier dossier, les plaignants estiment avoir déjà remporté une bataille. "Nous n'avons même pas vraiment besoin de gagner un seul de ces procès pour changer l'industrie mais eux doivent gagner absolument chaque procès pour protéger leur modèle économique prédateur", a déclaré jeudi à l'AFP Laura Marquez-Garrett, avocate du Social Media Victims Law Center.
La loi américaine exonérant les plateformes de responsabilité pour les contenus publiés, c'est la conception de leurs applications, de l'algorithme aux fonctions de personnalisation, qui sont au coeur de ces procès.
- Contexte familial -
Dans ce premier cas jugé, les jurés devront déterminer, par au moins neuf voix sur 12, si la conception d'Instagram et YouTube a constitué un "facteur substantiel" dans les préjudices subis par la plaignante, Kaley G.M, une Californienne de 20 ans dont le contexte familial difficile a été décortiqué tout au long du procès.
"La seule tâche du jury est de décider si ces difficultés auraient existé sans Instagram", fait valoir Meta. Or "les preuves ont montré l'opposé", a déclaré jeudi aux jurés Paul Schmidt, l'avocat du groupe, soulignant que pas un seul des thérapeutes de la jeune femme ayant témoigné n'avait identifié les réseaux sociaux comme cause de ses troubles.
Lors de son témoignage, Kaley a décrit un sentiment d'abandon et des faits de harcèlement et de violence au sein de sa famille. Utilisatrice de YouTube à 6 ans, puis d'Instagram à 9 ans, elle a raconté comment sa consultation compulsive de ces plateformes avait alimenté sa dépression, son anxiété et des idées suicidaires.
Son avocat, Mark Lanier, est venu plaider jeudi avec un cupcake, pour convaincre le jury que les réseaux sociaux, même s'ils n'étaient pas la cause initiale, pouvaient être un "facteur substantiel" des troubles de santé d'une adolescente. De la même manière que la levure d'un gâteau: faible en proportion, mais décisif.
- "Agir plus tôt"-
Mi-février, la comparution pendant six heures de Mark Zuckerberg - une première pour le patron de Meta devant un jury populaire - a été un moment fort du procès. Le fondateur de Facebook avait reconnu que son groupe "aurait pu" agir plus tôt pour identifier et exclure les utilisateurs de moins de 13 ans sur Instagram, tout en assurant que Meta ne cherchait "plus" à maximiser le temps passé sur ses plateformes.
Tout au long des débats, les avocats de la plaignante ont étalé devant les jurés une série de documents internes des deux groupes, montrant les débats sur la conception de leurs outils, la présence massive d'enfants en dessous de l'âge requis, ou encore l'autorisation des filtres de chirurgie esthétique sur Instagram.
YouTube, de son côté, a cherché tout au long du procès à se distinguer des plateformes de réseaux sociaux en se comparant à la télévision. "Nous ne voulons pas que personne ne soit dépendant de quoi que ce soit", a assuré sous serment son vice-président chargé de l'ingénierie, Cristos Goodrow.
TikTok et Snapchat, initialement poursuivis aux côtés de Meta et Google, ont choisi de régler le litige à l'amiable peu avant le procès.
R.Chavez--AT