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Avant les Oscars, le cinéaste derrière "Arco" livre un vibrant plaidoyer contre l'IA
Pour "Arco", son film d'animation nommé aux Oscars, Ugo Bienvenu a tout dessiné en 2D, afin de raconter l'histoire d'un petit garçon venu d'un futur où l'humanité vit en harmonie avec la nature, loin des robots et de l'IA modelant notre époque.
"C'est pour ça que je fais de la science-fiction", confie à l'AFP le réalisateur français. "C'était pour dire à la génération qui est là: +peut-être qu'il y a d'autres issues, peut-être qu'il y a d'autres choses à imaginer.+"
A 38 ans, l'auteur de BD, dont c'est le premier dessin animé, s'alarme de l'usage croissant de l'intelligence artificielle.
"C'est pas un outil", s'indigne ce dessinateur, très attaché au processus artisanal de la création. "C'est comme si on voulait, parce qu'on avait une super béquille, se scier la jambe."
Un discours qui va à l'encontre des orientations prises par l'Académie des Oscars.
L'an dernier, elle a actualisé ses règles pour préciser que l'IA est considérée comme un outil neutre, au même titre que les effets spéciaux. Les films qui concourent peuvent donc l'utiliser, mais restent jugés "en tenant compte du degré auquel un humain a été au coeur de l'initiative créative".
- Défendre le "muscle" de l'imagination -
Cela a permis d'apaiser une campagne marquée par les débats autour de certains prétendants à l'Oscar du meilleur film, comme "The Brutalist" qui a utilisé l'IA pour améliorer l'accent de l'architecte hongrois interprété par Adrien Brody, ou "Dune: Deuxième partie" qui s'en est servi pour uniformiser les yeux bleus des Fremen - les nomades du désert de la saga interstellaire.
Cette saison, deux courts-métrages d'animation, "Ahimsa" et "All Heart" se sont engouffrés dans la porte ouverte par l'Académie, en revendiquant ouvertement leur usage de l'IA. Ils étaient parmi la centaine de films éligibles, mais n'ont pas été nommés.
Pour Ugo Bienvenu, cette pente est dangereuse. Car l'imagination est "un muscle" capable de se gripper.
En tant qu'artiste, "si on se dit que la machine va le faire à notre place, on ne fait jamais l'erreur qui nous permet d'accéder à notre inconscient, qui nous permet d'accéder à notre pratique intime", estime-t-il.
Le déjeuner des nommés aux Oscars début février l'a un peu rassuré. L'IA y occupait une grande part des conversations, mais selon lui, "tout le monde est à peu près raccord".
"J'ai l'impression qu'on essaie de nous l'imposer de force", avance-t-il. "Mais dans la salle, ce que je comprends c'est que personne n'a vraiment envie de l'utiliser."
En janvier, plus de 800 artistes, dont les actrices Scarlett Johansson et Cate Blanchett, ainsi que le réalisateur Guillermo Del Toro, ont publié une lettre ouverte accusant les géants de l'IA de "vol".
- "Taxer l'eau" utilisée -
Le cinéaste mexicain, dont le "Frankenstein" concourt cette année pour l'Oscar du meilleur film, s'insurge aussi depuis des années contre cette technologie. Dans le domaine de l'animation, c'est "une insulte à la vie elle-même", estimait-il dès 2022.
Une ligne que partage Ugo Bienvenu.
"Le vrai danger, c'est qu'on (...) s'affaiblisse intellectuellement", avertit le Français. "Il ne s'agit même pas de nos boulots, il s'agit de ce qui fait qu'on est des humains."
"La fiction, c'est du partage d'expérience", rappelle-t-il, qui permet que "lorsqu'il nous arrive quelque chose de grave dans la vie, on soit un peu préparé émotivement et qu'on ne se délite pas."
L'auteur frissonne à l'idée que l'horizon d'une partie de l'humanité soit désormais borné par les machines, avec du divertissement répétitif créé artificiellement.
"Aujourd'hui, il y a des gens qui consomment des fringues faites par des robots, et de la bouffe faite par des robots, grosso modo, c'est les pauvres. Et aujourd'hui, cette caste-là va consommer de la fiction faite par des robots", regrette-t-il.
Pour éviter d'en arriver là, il faudrait "taxer l'eau que ça coûte de produire" avec l'IA, juge-t-il.
En décembre, une étude publiée par le site Digiconomist estimait que les volumes annuels d'eau utilisés par les systèmes d'IA atteignent, voire dépassent, la consommation mondiale d'eau en bouteille.
L'IA, "ce n'est pas gratuit", martèle Ugo Bienvenu. "Ca a des répercussions physiques et sur nos inconscients."
G.P.Martin--AT