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En Iran, la coupure générale d'internet dure, et empêche de travailler
Coupé du monde depuis deux semaines à cause du blocage d'internet en Iran, Amir, créateur de contenu, passe ses journées sur les rares sites d'information accessibles sur l'intranet local, à la recherche d'indices sur la date du rétablissement de la connexion.
Amir, qui n'a pas souhaité donné son nom de famille, a 32 ans. Il gagne sa vie en faisant sur internet des critiques de jeux vidéos et de films, mais depuis la coupure inédite imposée par les autorités le 8 janvier, il n'a rien pu produire et s'inquiète pour son avenir.
"Tout mon travail repose sur internet, je ne me vois pas survivre sans", décrit Amir, qui tient plusieurs comptes sur Instagram et YouTube.
Les manifestations ont débuté par des revendications économiques avant de se transformer, selon les autorités, en "émeutes dirigées depuis l'étranger" contre le pouvoir, et fait des milliers de morts.
Les autorités ont parlé de 3.117 morts, mais des organisations de défense des droits humains, qui estiment que ce chiffre pourrait être bien plus élevé, peinent à vérifier en raison de la coupure d'internet instaurée selon eux pour masquer la répression.
Une thèse balayée par le pouvoir: "Le gouvernement dialoguait avec les manifestants. L'internet n'a été coupé que lorsque nous avons été confrontés à des opérations terroristes et constaté que les ordres venaient de l'étranger", a assuré la semaine dernière le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi.
Le mouvement de contestation semble avoir faibli, mais la coupure est elle toujours en place.
Les précédentes interruptions avaient été instaurées sur des durées plus courtes ou étaient de portée moindre, notamment en 2009 à l'occasion de manifestations contre la réélection du président d'alors, Mahmoud Ahmadinejad, puis en 2019 contre le prix du carburant et en 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini, ou encore pendant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025.
- "Attendre des heures" -
A travers le pays, des millions d'Iraniens restent donc dépendants de l'intranet local, qui propose de nombreux services tout en isolant ses utilisateurs du reste de la planète.
Via l'intranet, les applications des transports publics et taxis, banques, paiements en ligne, sont disponibles, comme les sites d'information locales et des contenus vidéo, triés sur le volet.
Et plusieurs applications de messageries locales - Bale, Eitaa and Rubika - fonctionnent à nouveau depuis la semaine dernière, d'après les médias locaux.
Mais Amir, pour des raisons de confidentialité, "ne les avait jamais utilisées avant". "Et je ne vais pas commencer maintenant", dit-il à l'AFP.
La coupure affecte toute l'économie. Selon le ministre des Télécommunications Ehsan Chitsaz, cité dimanche dernier par les médias iraniens, elle a coûté entre 4.000 et 6.000 milliards de rials par jour (entre 2,5 et 3,3 millions d'euros).
L'estimation de l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks est cependant bien plus élevée: plus de 31 millions d'euros quotidiennement.
Conducteur de camions dans l'ouest du pays, Iraj, 51 ans, décrit la lenteur des procédures administratives aux frontières pour décharger sa marchandise.
"On demande aux chauffeurs d'attendre des heures", souffle-t-il.
Même souci pour les transports aériens. Les réservations en ligne pour les vols internationaux sont "instables", témoigne une agente de voyages, qui a demandé à garder l'anonymat pour des raisons de sécurité.
"Cela affecte notre business, les appels de clients diminuent tous les jours", raconte-t-elle, notant que la situation est toutefois meilleure pour les vols internes.
Ces derniers jours, des internautes ont parfois pu accéder à leurs boîtes mail ou à certains sites étrangers comme Google, mais de façon très aléatoire.
"Ma seule raison de rester optimiste est que je ne les vois pas maintenir une coupure totale d'internet pendant longtemps", avance Amin, 29 ans, créateur de contenu dans la tech, également au chômage technique. "Sinon, cela va se retourner contre eux".
P.Smith--AT