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Après 40 ans à l'Opéra, Aurélie Dupont s'en va pour "vivre autrement"
La démission d'Aurélie Dupont, qui dirigeait le Ballet de l'Opéra de Paris depuis six ans, a créé la surprise, mais l'ex-danseuse étoile assure à l'AFP qu'elle s'en va pour "vivre autrement".
Nommée en 2016 pour remplacer Benjamin Millepied, elle a réussi à remplir les salles, à ouvrir l'Opéra à de jeunes chorégraphes et souligne qu'il y a eu "beaucoup d'évolutions" dans les relations avec les danseurs, dont certains l'avaient critiqué dans un sondage interne en 2018.
Q: Pourquoi cette démission surprise?
R: Ce n'est pas une décision soudaine mais réfléchie ; cela fait 40 ans que je travaille à l'Opéra de Paris; je suis très fière de laisser une compagnie en pleine forme, avec une programmation jusqu'en juillet 2025, donc naturellement, j'ai eu une envie de partir. Cela fait un peu plus six ans que je suis à la direction, c'est plus que le temps que j'ai passé à l'Ecole de danse en tant que "petit rat". J'avais toujours dit à mon équipe que je partirai à 50 ans (elle en a 49, ndlr); il y a une envie aussi de vivre autrement.
Q: Est-ce lié à la récente nomination d'une étoile à laquelle vous seriez opposée?
R: Ce n'est pas la réalité; j'ai de très bons rapports avec François (Alu) et pour avoir beaucoup discuté avec lui, nous avons beaucoup de points communs. J'ai toujours été favorable à sa nomination mais c'est au directeur général de l'Opéra d'accepter ou pas. J'ai été très heureuse que ma proposition soit acceptée par Alexander (Neef, directeur de l'Opéra). J'ai compris que les fans étaient, comme nous tous, très heureux de voir François sur scène.
Q: Pensez-vous avoir été injustement critiquée sur votre style de direction?
R: J'ai dirigé la compagnie avec tout mon coeur; j'ai fait du mieux que j'ai pu, je me suis remise en question plein de fois. J'ai suivi ma vision artistique. Que les médias annoncent des choses qui sont parfois fausses, malheureusement, je ne peux pas y échapper.
Q: Quid des relation avec les danseurs après les critiques qui vous ont été adressées en 2018?
R: En six ans, il y a eu beaucoup, beaucoup d'évolutions. J'ai mis en place des réunions très régulières avec les danseurs. J'ai eu le sentiment d'avoir vraiment apporté des choses en terme de communication.
Q: Quels ont été les défis auxquels vous ne vous attendiez pas?
R: Je me suis toujours sentie légitime car en tant qu'ex-étoile, quand je programme des ballets classiques, j'ai beaucoup de plaisir à transmettre le rôle, et ça c'est quelque chose qu'on ne me retira jamais. Après, j'ai réalisé qu'il y avait une pression dont je ne me préoccupais pas quand j'étais danseuse étoile: le taux de remplissage, les recettes pour Bastille et Garnier; il y a eu 98% de remplissage pour la danse même après la pandémie; on est passé à une moyenne de 23, 24 millions de recettes sous ma direction, contre 17 millions avant.
Q: De quoi êtes-vous la plus fière ?
R: D'avoir réussi à mettre en lumière le talent de chacun. Il y a des danseurs qui sont faits pour être étoile, qui excellent dans la danse classique, d'autres dans le contemporain. Je suis assez fière de leur avoir appris à mettre en valeur leurs qualités et pas leurs défauts. Pendant la pandémie, on a tout fait pour les garder motivés, psychologiquement accompagnés. C'est une génération extrêmement curieuse et ouverte sur le monde. Ils m'ont inspirée, j'ai eu envie de les rendre autonomes en invitant des chorégraphes qui venaient de partout.
Q: Que pouvez-vous dire de vos projets?
R: On m'a demandée plusieurs fois d'écrire un livre. J'ai un projet de livre où je parle de mon parcours. Je vais faire des conférences sur la résilience; j'ai envie de passer plus de temps avec mes deux garçons de 14 et 11 ans. Quant à la comédie musicale, c'est un rêve d'enfant; je vais me charger de la direction artistique d'une production.. Je vais faire en un soir ce que je fais en une année à l'Opéra!
F.Wilson--AT