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Avec sa musique, l'Israélien Mark Eliyahu conquiert des coeurs en Iran
Dans une yourte du nord d'Israël, Mark Eliyahu accorde son kamanche, instrument à corde d'origine perse. Si l'artiste commence à se faire une renommée chez lui en Israël, la plupart de ses fans sont en Iran, pays ennemi où il n'a pas le droit de se rendre.
"La culture perse, iranienne, est une grande source d'inspiration pour moi", explique le musicien de 39 ans, qui compose des mélodies éthérées, atmosphériques, voire hypnotiques.
"L'un de mes plus grands rêves est de me rendre en Iran, d'y étudier et d'y faire la rencontre de cette culture pour de vrai, parce que je me sens très connecté à elle".
Israël et l'Iran sont deux ennemis jurés et leur profonde hostilité ne donnant aucun signe d'apaisement, Mark Eliyahu ne pourra probablement pas jouer à Téhéran de sitôt.
A défaut, l'artiste israélien donne des représentations à Istanbul, où Iraniens et Israéliens peuvent se rendre, même si les autorités israéliennes ont appelé lundi leurs ressortissants à quitter "dès que possible" la Turquie par crainte d'attaques iraniennes.
Le soir même, le musicien israélien donnait un concert en plein air à Istanbul. La performance n'a pas été annulée, mais le dispositif de sécurité renforcé et des milliers de fans ont pu se bercer de sa musique.
"Lorsque j'écoute sa musique, parfois j'ai la chair de poule, c'est pour ça que je l'aime", dit Farnaz, 29 ans, une étudiante iranienne en bio-ingénierie, l'une des 3.000 fans à se balancer sur la douce musique aux sonorités orientales. Parmi eux, de nombreuses femmes iraniennes et turques, pour certaines habillées en robes d'été et pour d'autres voilées.
- "Illumination" -
Né au Daguestan, aujourd'hui province russe non loin de la Turquie et de l'Iran influencée pendant des siècles par ces deux cultures, Mark Eliyahu a pour père un compositeur et pour mère une pianiste. C'est avec ses deux parents juifs qu'il est arrivé en Israël alors qu'il était encore enfant, à la chute de l'URSS.
Lui a d'abord opté pour le violon, avant d'aller étudier les musiques grecque et turque à Athènes, où il a entendu pour la première fois du kamanche.
"C'est la première fois que j'entendais avec mes oreilles ce son que j'ai toujours eu en moi", dit l'homme à la chevelure bouclée noire. "C'était une illumination".
Il a ensuite découvert que son arrière-grand-père avait lui-même joué de cet instrument aux airs de violon rond.
Conquis, Mark Eliyahu déménage en Azerbaïdjan, en Asie centrale, pour étudier plus encore la pratique de cet instrument avec un expert, Adalat Vazirov, avant de rentrer en Israël au début de sa vingtaine.
Aujourd'hui, le musicien a enregistré quatre albums et multiplié les concerts dans plus de 50 pays. Mais c'est en Turquie que ses concerts sont les plus courus. "En Turquie, je me sens à la maison", déclare-t-il à l'AFP. "Là où je suis né, c'est un endroit où les cultures turques et perses se mélangeaient".
- "Un jour" -
L'artiste a élaboré la plupart de ses chansons sur la route, mais la pandémie de coronavirus a mis un frein à ses déplacements à l'étranger. Bloqué en Israël, il a alors composé la bande originale de la série israélienne d'espionnage "Téhéran" diffusée sur Apple TV.
Mais pour cet homme qui dit ne pas suivre l'actualité, ne rien connaître à la politique et être confiné "dans (son) univers de la musique", signer les mélodies de cette série --qui suit une espionne tentant de saboter les activités nucléaires iraniennes-- "n'était pas un acte politique".
Sa mission est plutôt "de diffuser de l'amour dans le monde, de guérir et de connecter", dit-il dans la yourte qui lui sert de singulier studio, situé sous un couloir aérien d'avions de combats israéliens F-16 qui transpercent de temps à autre le silence.
Mark Eliyahu n'est pas le premier Israélien à être populaire en Iran. Avant lui, la chanteuse Liraz Charhi dont les parents en sont originaires a sorti un album dont certains morceaux y ont été enregistrés secrètement.
Sur le compte Instagram de l'artiste, un admirateur dit espérer "(le) voir un jour en Iran".
Le musicien estime que ses concerts en Turquie devant des spectateurs iraniens constituent déjà "un grand honneur", mais regrette vivement de ne pouvoir se rendre en Iran. "J'espère qu'un jour cela changera", dit-il.
S.Jackson--AT