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Balcon effondré d'Angers: prison avec sursis pour trois prévenus, l'architecte relaxé
La chute du balcon en 2016 avait tué quatre étudiants: le tribunal correctionnel d'Angers a condamné mardi trois des constructeurs du bâtiment à de la prison avec sursis mais a relaxé le conducteur des travaux et l'architecte Frédéric Rolland.
La relaxe de l'architecte de 66 ans a provoqué des soupirs et des pleurs sur les bancs des parties civiles dans la salle comble du tribunal d'Angers.
"Les manquements aux obligations professionnelles de l'architecte, bien que partiellement établis par des éléments de la procédure, sont sans lien de causalité certain avec l'effondrement du balcon", a justifié la présidente du tribunal, lors de la lecture du jugement.
La seule faute de M. Rolland ayant concouru à l'effondrement "est une faute simple liée à la surveillance du chantier" et une telle faute "n'engage pas sa responsabilité pénale", a-t-elle ajouté.
C'est pourtant à l'encontre de M. Rolland que la peine la plus lourde, quatre ans de prison dont deux ferme, avait été requise début mars, à l'issue de près de quatre semaines d'audience.
A la barre, ce dernier avait assuré n'être "intervenu ni sur la conception, ni sur le dessin, ni allé sur le chantier" lors de la construction de l'immeuble en 1997-1998, époque à laquelle il été occupé par la création d'un cabinet à Shanghai.
Trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, avaient en outre été requis à l'encontre du conducteur des travaux, Éric Morand, 53 ans, qui a lui aussi été relaxé. Il avait expliqué que le mode de construction des balcons avait été modifié pour tenir les délais du chantier.
Le patron de l'entreprise de construction, Patrick Bonnel, 73 ans, a en revanche été condamné à trois ans de prison avec sursis et près de 25.000 euros d'amende. A la barre, il avait reconnu une faute "grave" et "inexcusable", se disant "honteux" du travail de ses équipes.
M. Bonnel "ne s'est pas assuré de la formation et de la compétence du chef de chantier et des ouvriers", ce qui a entraîné un "risque qu'il ne pouvait pas ignorer en tant que professionnel de la construction", a dit la présidente du tribunal.
Le procureur Éric Bouillard avait requis trois ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, à son encontre.
Le chef de chantier Jean-Marcel Moreau, 63 ans, et le représentant du bureau de vérification Apave, André de Douvan, 84 ans, ont tous deux été condamnés à 18 mois de prison avec sursis et 1.000 euros d’amende, des peines conformes aux réquisitions.
- Fissure -
Le soir du drame, ils étaient 18 étudiants, âgés d'une vingtaine d'années, à discuter sur un balcon de la résidence "Le Surcouf", dans le centre d'Angers, lorsque celui-ci avait soudain basculé dans le vide.
Dans les décombres, les pompiers avaient découvert les corps de Lou, 18 ans, Antoine, 21 ans, Benjamin, 23 ans, et Baptiste, 25 ans. Quatorze autres victimes avaient été hospitalisées.
Les enquêteurs avaient écarté toute responsabilité des invités: les victimes, selon tous les témoignages, faisaient la fête calmement. Et le balcon aurait dû être en mesure de supporter 35 personnes.
Entendus lors du procès, les experts avaient listé toute une série de malfaçons dans la construction des balcons, allant jusqu'à évoquer une "forme de bricolage".
Les travaux avaient de plus été menés sans respecter les plans de l'ingénieur béton, conçus pour des balcons préfabriqués et non pour des balcons coulés sur place.
- "scène de guerre" -
Au cours du procès, les victimes et leurs familles avaient longuement raconté cette soirée de cauchemar et les traumatismes qui s'en étaient suivis.
"Il y avait un cortège de brancards avec des ambulances, on se ruait sur chaque brancard pour savoir si c'était notre enfant", avait raconté le père d'Antoine, mort à 21 ans.
"Il y a eu un bruit horrible, saccadé (...) Je suis resté collé au balcon, j'ai perdu conscience puis j'ai regardé mon corps, j'avais les mains ensanglantées. Il y avait des cris, des pleurs, c'était comme une scène de guerre", se souvenait Hugo. "On était encore des enfants, ça nous a détruits."
R.Garcia--AT