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Afrique du Sud: funérailles du faucon zoulou, Mangosuthu Buthelezi
La puissante tribu zouloue enterre samedi une de ses figures historiques à la fois crainte et respectée: Mangosuthu Buthelezi, fondateur du parti nationaliste Inkatha, à l'origine d'une guerre fratricide avec l'ANC de Nelson Mandela pendant la période troublée précédant la chute de l'apartheid.
Né en août 1928 au sein de la famille royale zouloue, Mangosuthu Gatsha Buthelezi est mort chez lui la semaine dernière, à 95 ans.
Le président Cyril Ramaphosa prononcera l'éloge funèbre lors des funérailles nationales qui se tiendront dans le berceau zoulou d'Ulundi, dans la province du KwaZulu-Natal (est). Les drapeaux ont été mis en berne cette semaine dans tout le pays.
A la veille des obsèques, quelques centaines de personnes en deuil, certaines enveloppées dans des drapeaux de l'Inkatha Freedom Party (IFP) ou agitant des fanions à l'effigie du défunt, ont attendu à l'extérieur de la morgue de la ville avant d'accompagner la dépouille jusqu'à la propriété familiale.
"Nous avons perdu un homme d'une telle puissance, nous devons laisser la peine s'exprimer et pleurer, chanter", a enjoint Khaylalihle Buthelezi, 39 ans, un proche de la famille. Buthelezi "a oeuvré pour la fierté zouloue".
La famille a appelé les quelque 11 millions de membres de l'ethnie - la plus nombreuse du pays - à se recueillir lors d'une cérémonie organisée dans le stade d'Ulundi, avant une inhumation prévue en fin de journée.
Au départ membre du Congrès national africain (ANC), Mangosuthu Buthelezi crée le parti Inkatha en 1975. Initialement envisagé comme une organisation culturelle zouloue, le mouvement qu'il dirige d'une main de fer pendant plus de quarante ans ne tarde toutefois pas à entrer dans une rivalité sanglante avec l'ANC.
- Figure méprisée ou héros -
L'Inkatha Freedom Party (IFP) mène au cours des années 1980-1990 des guerres territoriales avec les militants du parti de Nelson Mandela dans les townships à majorité noire: les violences, décrites comme les plus marquantes dans le pays avant les premières élections multiraciales en 1994, font des milliers de morts.
Orateur charismatique en dépit d'un fort bégaiement, le chef zoulou questionne les stratégies anti-apartheid de l'ANC et considère que Nelson Mandela, alors en prison, affaiblit les positions noires.
Buthelezi est accusé d'avoir mis en danger le mouvement de libération contre le régime raciste de l'apartheid et d'avoir joué le jeu du pouvoir blanc, ce qu'il a toujours nié. Malgré les controverses, il a mené une longue carrière politique, traversant l'apartheid et l'avènement de la démocratie.
Premier ministre du "bantoustan" zoulou - une des entités territoriales pseudo "indépendantes" assignées aux noirs sous l'apartheid -, il est élu député en 1994 et nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'unité nationale de Mandela.
Pour certains, son héritage restera un sujet de débat dans le futur.
Sa tombe devrait porter l'épitaphe "collaborateur en chef de l'apartheid", a estimé le rédacteur en chef du journal sud-africain City Press, Mondli Makhanya.
Le Sowetan, fondé par l'ANC pendant la lutte contre le régime blanc, a évoqué un homme qui "restera une figure méprisée" pour certains et "un héros" pour d'autres.
La fondation qui porte le nom du chef zoulou a déploré "une méchanceté innommable" et la perpétuation de "vieux mensonges".
"Personne n'est 100% innocent mais en tant que peuple zoulou, que peuple noir, nous sommes reconnaissants ce qu'il a fait pour nous", résume Slungi Khumalo, une enseignante de 43 ans, installée à l'ombre d'un arbre devant la morgue d'Ulundi. "Il a été notre guide".
A.Clark--AT