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Polanski projeté à la Mostra, son producteur brandit l'étendard de la "liberté"
Le dernier film de Roman Polanski, cinéaste controversé, a été projeté -- en l'absence du réalisateur -- samedi à la Mostra de Venise, où son producteur a brandi l'étendard de la "liberté" artistique.
"The Palace", tourné à Gstaad en Suisse, se veut une comédie à sketches dans un hôtel de luxe, le soir du Nouvel an 2000. Au générique, quelques noms connus, comme Fanny Ardant ou Mickey Rourke, mais aucune star en vogue.
"The Palace" entend rire à gros traits des excès de l'époque, avec une galerie de personnages outrés : oligarques russes, milliardaires insupportables, cliente nymphomane, plombier lubrique. Sans compter un chien, qui finira par s'accoupler avec un pingouin.
Très loin des grands films de Polanski, auteur du "Pianiste", sur la Shoah, ou du classique de l'horreur "Rosemary's Baby", cette comédie au budget de 21 millions d'euros a reçu un accueil glacial et embarrassé en projection de presse.
Si le cinéaste n'a pas fait le déplacement à Venise, cette projection dans le plus ancien et l'un des plus prestigieux festivals du monde avait pris une dimension symolique forte.
A 90 ans, il est devenu un symbole d'une certaine impunité pour les auteurs de violences sexuelles et l'un des artistes les plus contestés de l'ère #MeToo. Il vit en Europe à l'abri de la justice américaine, qu'il fuit depuis plus de 40 ans après une condamnation pour des relations sexuelles illégales avec une mineure.
Persona non grata à Hollywood, Polanski a vu sa situation basculer en France depuis la polémique autour du César de la réalisation obtenu en 2020 pour "J'accuse", alors qu'il était visé par de nouvelles accusations d'agressions sexuelles.
Sa sélection, ainsi que celle d'un autre artiste mis au ban de Hollywood, Woody Allen, ou de Luc Besson (contre lequel des accusations de viol viennent d'être définitivement écartées par la justice), a été vue par certains comme une provocation.
- "Pas de jugement moral" -
Interrogé par l'AFP sur cette invitation avant le début du festival, le directeur de la Mostra Alberto Barbera s'est défendu en estimant qu'il fallait faire "la distinction entre l'homme et l'artiste".
Samedi, le producteur italien du film, Luca Barbareschi, est passé à l'offensive. "Nous vivons dans le présent et, dans le présent, ce qui compte c'est la liberté. Il ne faut pas de jugement moral dans l'art", a-t-il déclaré en conférence de presse.
"La Mostra doit être un lieu d'expérimentation, de provocation et de liberté d'expression pour les artistes", a-t-il poursuivi.
Le dernier film de Polanski a été "dur" à produire, a souligné M. Barbareschi. Selon le média professionnel Hollywood Reporter, "The Palace" a été vendu dans plusieurs pays, dont l'Italie, l'Espagne, Israël ou la Belgique.
Mais pas en France ni aux Etats-Unis, a regretté le producteur, qui ne désespère pas d'y distribuer "The Palace" et rappelle que le film précédent, "J'accuse", n'a pas pu sortir dans les pays anglo-saxons. Ces pays "doivent respecter les artistes comme le reste du monde", a-t-il lancé.
D'une manière générale, "je ne comprends pas pourquoi toutes les plateformes comme Paramount, Amazon, Studiocanal ou Netflix passent les films de Polanski tous les jours et font des millions avec, et pourquoi on ne pourrait pas produire un nouveau film de Polanski", a-t-il insisté.
L'autre grand absent de la journée est bien moins polémique : l'acteur et réalisateur Bradley Cooper n'est pas venu à Venise pour la projection en compétition de "Maestro", l'un des films les plus attendus de la Mostra, en raison de la grève historique des acteurs et scénaristes aux Etats-Unis.
Plus vrai que nature dans le rôle de Leonard Bernstein il explore la vie privée du célèbre compositeur et chef d'orchestre, son homosexualité et sa relation tourmentée avec son épouse.
R.Lee--AT