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Pierre Niney, la force tranquille du cinéma français
Agent "anti-beauf" dans OSS 117, enquêteur à tendance paranoïaque dans "Boîte noire" ou lobbyiste à la morale douteuse dans "Goliath": Pierre Niney peut tout jouer. Mais à 32 ans, l'acteur confie sa préférence pour les rôles de monsieur Tout-le-monde.
Quelques jours après être passé à côté du César du meilleur acteur, le revoilà sur les écrans avec "Goliath", thriller environnemental de Frédéric Tellier, en salles mercredi.
Pas le genre à s’apitoyer sur son sort, l'acteur ironise lorsque l'AFP le questionne sur le sujet: "Au moins, ça nous aura permis de nous réconcilier avec Gilles (Lellouche, ndlr)".
Nommés dans la même catégorie, les deux hommes avaient mis en scène sur les réseaux sociaux leur supposée rivalité. Une rivalité de façade. Les deux comparses partagent d'ailleurs, avec Emmanuelle Bercot, l'affiche de "Goliath".
- "S'arranger avec le réel" -
Inspiré de faits réels, le film offre une plongée dans l'univers des lobbys de l'industrie chimique à travers le destin de trois personnages: une agricultrice (Emmanuelle Bercot), un avocat (Gilles Lellouche) et un lobbyiste charismatique mais sans foi ni loi (Pierre Niney).
Un personnage aux antipodes de celui pour lequel le public l'avait laissé dans "Boîte noire", où il incarnait un jeune ingénieur un peu asocial à la recherche, envers et contre tous, de la vérité après un crash aérien.
Pourtant, ce rôle de lobbyiste, Pierre Niney voulait absolument le jouer. "On a un peu fait les chaises musicales avec les rôles sur ce film", raconte-t-il à l'AFP, lui qui avait initialement été choisi pour jouer le rôle du militant de la cause environnementale.
"Ce que j'aime dans ce personnage, c'est la manière dont il s'arrange avec la réalité, le mensonge. C'est d'ailleurs le propre de la vie, s'arranger avec le réel", explique-t-il.
Ce personnage brillant et calculateur est aussi un mari et beau-père attentionné. Une sorte de monsieur Tout-le-monde et surtout insiste l'acteur: "quelqu'un qui existe et qu'on côtoie sûrement sans le savoir dans notre quotidien", assure l'acteur.
- 10 ans de petits rôles -
A 32 ans,il dispose déjà d'une solide filmographie, traversée par un fil rouge: l'éclectisme dans les supports et les registres. Le tout au service de personnages auquel le public peut s'identifier.
A l'aise aussi bien dans la comédie: OSS 117, mais aussi dans les séries "La Flamme", "Casting" -- avec son acolyte François Civil -- que dans le biopic "Yves Saint Laurent" (2014) de Jalil Lespert -- pour lequel il avait raflé le César du meilleur acteur -- ou dans "Boîte noire".
Il joue tout, ose tout, tout en admettant "préférer jouer des rôles de gens bien réels, et normaux". Sous des dehors nonchalants, un tempérament de bosseur et un acteur sûr de lui.
Lorsque l'AFP lui demande s'il est un acteur pressé et boulimique, Pierre Niney rétorque qu'il a "une soif de jeu". "Je sais qu'on peut se dire que pour mon âge ma filmographie est déjà importante, mais en réalité tout s'est fait de façon très progressive".
"Les gens le savent moins parce qu'ils aiment bien avoir l'image moins nuancée et se dire +ah ben il est jeune, ça a marché tout de suite+. Mais non, j'ai fait dix ans de casting, 10 ans de petits rôles et 150 représentations à la Comédie-Française à dire pour seul texte: "+Madame, voici monsieur+. On peut dire que ça m'a laissé le temps de désirer mon métier", ironise-t-il.
Plus jeune pensionnaire du Français, qu'il a quitté en 2015, le théâtre lui manque-t-il? "Le théâtre oui, la Comédie-Française non", répond-il, sans sourciller. "On me proposait de très, très belles choses au cinéma dont des films qui prenaient du temps et c'était plus vraiment compatible avec la Comédie-Française. J'ai tourné la page".
A.Ruiz--AT