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Le changement climatique, principal moteur de la surchauffe des mers européennes, selon une étude
La "majeure partie" du réchauffement des mers européennes est due au changement climatique, ajoutant jusqu'à 2°C de chaleur en Méditerranée cet été et étendant les zones touchées, avec de "graves" conséquences notamment pour la vie marine, indique mercredi une étude scientifique.
"De l'Atlantique au large de l'Irlande jusqu'à la Méditerranée, les mers européennes connaissent une hausse alarmante de leurs températures", avec cet été jusqu'à 6°C au-dessus des normales dans certaines zones méditerranéennes, souligne Thomas Frölicher de l'université de Berne, l'un des auteurs.
"Nos recherches montrent clairement que cette hausse est due au changement climatique, en particulier à la poursuite de la combustion des énergies fossiles", ajoute-t-il.
En combinant données d'observation et modèles climatiques pour comparer le climat actuel à un climat hypothétique sans réchauffement d'origine humaine, les chercheurs du collectif World Weather Attribution (WWA) ont estimé que le changement climatique avait ajouté cet été environ 2°C aux températures en Méditerranée, 1,4°C dans la région du golfe de Gascogne et de la péninsule ibérique et 1,3°C dans la région celtique (Irlande et ouest de la Grande-Bretagne).
En juillet 2026, les océans mondiaux ont atteint pour le deuxième mois consécutif une chaleur record, selon l'observatoire européen Copernicus. Un phénomène particulièrement marqué en Europe, souligne le WWA.
Lors des 14 jours les plus chauds de 2026, le réchauffement par rapport aux normales a atteint 3,1°C en Méditerranée occidentale et 2,6°C en Méditerranée orientale, contre 1,5°C dans la région du golfe de Gascogne et de la péninsule ibérique et 1,2°C dans la région celtique.
- "Territoire inconnu" -
Sous l'effet du réchauffement climatique, les vagues de chaleur marines se sont également étendues sur les mers européennes.
En 2026, elles touchent 90% de la zone du golfe de Gascogne et de la côte ibérique et 80% de la Méditerranée occidentale, contre 40% dans ces deux zones si la Terre ne s'était pas réchauffée de 1,4°C.
En Méditerranée orientale, c'est encore plus spectaculaire: près de 70% de la zone est actuellement touchée par des canicules marines, contre 9% dans un climat plus froid.
De tels événements auraient été "très rares" sans le réchauffement climatique, souligne l'étude.
"Chaque tonne supplémentaire de carbone que nous émettons pousse les températures côtières européennes et les écosystèmes en territoire inconnu", explique M. Frölicher.
Le réchauffement des mers augmente la température et l'humidité de l'air sur les côtes, accentuant températures nocturnes et stress thermique.
Les vagues de chaleur marines et terrestres "sont sans aucun doute liées (...) et peuvent se renforcer l'une l'autre. (...) Ce sont les deux côtés d'une seule et même pièce", a souligné Friederike Otto, professeure à l'Impérial College London lors d'un point presse.
Le réchauffement des mers peut aussi favoriser certains phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les fortes précipitations, en augmentant l'évaporation et donc l'humidité atmosphérique.
- "Nouvelle norme" en 2100 ? -
Si "des eaux plus chaudes peuvent sembler agréables pour se baigner dans les pays plus frais, comme le mien, les conséquences pour la vie marine (...) sont beaucoup plus préoccupantes", note Claire Bergin, de l'université de Maynooth (Irlande).
La chaleur marine peut provoquer la mortalité massive de coraux, éponges et algues, perturber les chaînes alimentaires et réduire les populations d'oiseaux marins et de mammifères, avec des conséquences économiques pour la pêche, l'aquaculture ou le tourisme
Selon John Bruno, écologue marin à l'université de Caroline du nord, un "réchauffement minime (...) suffit à faire basculer les organismes au-delà du seuil qui les tue": pour les coraux, il suffit de 1°C.
Certaines espèces, comme les méduses, peuvent en bénéficier, d'autres migrer plus au nord, "il y a des gagnants et des perdants", explique le scientifique.
Mais "à mesure que la température des océans continue d'augmenter, nous nous rapprochons rapidement des limites biologiques absolues de l'adaptation pour de nombreuses espèces", souligne M. Bruno.
Sur une planète réchauffée de 2,8°C en 2100, si l'humanité ne réduit pas drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, "les événements comme ceux observés en 2026 seraient alors encore 1,3 à 1,9°C plus chauds", souligne l'étude.
Des canicules marines pourraient intervenir "chaque année" dans les mers européennes et devenir "la nouvelle norme", prévient Catherine Gregory, de l'université de Berne.
F.Ramirez--AT