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L'effet domino de la guerre au Moyen-Orient sur les baleines au large de l'Afrique du Sud
Dans un effet en cascade inattendu, les guerres et tensions au Moyen-Orient affectent à des milliers de kilomètres les groupes de baleines vivant une partie de l'année dans l'océan à la pointe de l'Afrique.
Les risques de collisions entre navires et cétacés au large de l'Afrique du Sud "ont considérablement augmenté" avec le report du trafic du canal de Suez vers le cap de Bonne-Espérance, selon un rapport scientifique présenté ce mois-ci devant la Commission baleinière internationale (IWC) que l'AFP a consulté.
Le sujet est depuis longtemps identifié comme un véritable problème par scientifiques et défenseurs de l'environnement. Les collisions, largement sous-documentées, constituent une "cause majeure de mortalité chez les baleines", d'après un article publié en 2024 dans la revue Science.
Des vidéos publiées par des marins sur les réseaux sociaux ont fini de convaincre Els Vermeulen, responsable de l'unité de recherche sur les cétacés à l'université de Pretoria, d'étudier ce risque à la pointe de l'Afrique.
"On voyait des personnes à bord de cargos traversant des bancs denses de baleines à bosse en disant +Waouh, regardez toutes ces belles baleines qu'on voit+. Moi, ça me figeait le coeur parce qu'on savait qu'ils en percutaient quelques-unes", raconte-t-elle à l'AFP.
L'effet de la recrudescence du trafic a pu être analysé car elle précède la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran. Dès le 19 novembre 2023, les rebelles houthis au Yémen, soutenus par l'Iran, avaient attaqué et capturé le cargo Galaxy Leader. Cet épisode, suivi d'autres visant encore la marine marchande en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, a déplacé le trafic maritime.
La division par deux du passage de bateaux commerciaux au détroit de Bab-el-Mandeb et à Suez - entre Méditerranée et océan Indien - s'est traduite par un doublement du trafic au cap de Bonne-Espérance, selon les données de la plateforme Portwatch du Fonds monétaire international (FMI).
Entre le 1er mars et le 24 avril 2026, 89 navires commerciaux ont passé le cap de Bonne-Espérance en moyenne chaque jour, contre 44 sur la même période de 2023.
- Le trafic quadruple -
"Les estimations de la densité de trafic maritime ont considérablement augmenté depuis décembre 2023, tout comme le risque de collision (proportionnel à cette densité)", observe le rapport dirigé par Els Vermeulen.
Pire, "le trafic le plus rapide, qui présente le plus grand risque d'accident, a quadruplé", relève le document à propos des bateaux naviguant à plus de 15 noeuds (27,7 km/h).
Le tout alors que l'Afrique australe était déjà auparavant identifiée comme l'une des "régions à haut risque de collision", dans l'article de la revue Science.
"Les animaux n'ont pas eu le temps de s'adapter au trafic maritime", explique à l'AFP Chris Johnson, responsable de l'initiative de Protection des baleines et des dauphins de l'ONG WWF.
"On pourrait penser que lorsqu'on entend un bruit fort, on s'éloigne. Mais ce n'est pas le cas pour certaines espèces", explique-t-il en décrivant le cas de baleines bleues aux Etats-Unis. "Quand (elles) entendent un navire, elles s'arrêtent et plongent juste sous la surface."
- Route alternative -
Pour la baleine franche australe, l'intensification du trafic intervient alors que "la reconstitution des populations a ralenti en raison du changement climatique", précise Els Vermeulen.
Autre évolution, des super-groupes de baleines à bosse se nourrissent désormais de façon saisonnière près du de la ville sud-africaine du Cap.
S'il est difficile d'attribuer cette nouveauté au changement climatique, "c'est quelque chose qu'on observe depuis 2011", indique Ken Findlay, consultant dans l'économie bleue. "Cela participe à accroître le risque de collisions", ajoute ce contributeur au rapport.
"Comme elles s'alimentent, elles sont absorbées par autre chose, ce qui augmente les risques", complète Els Vermeulen.
Son rapport propose une route de navigation alternative qui serait en mesure, d'après des estimations, de réduire le risque de collision de 20% à 50% selon l'espèce, tout en rallongeant le trajet de seulement 20 milles marins, négligeable sur des distances jusqu'à 10.000 milles marins.
Le premier armateur au monde, le suisse MSC, a par exemple déjà modifié ses routes de navigation pour ces raisons, au large du Sri Lanka ou de la Grèce.
Pour avancer dans cette voie à la pointe de l'Afrique, cela demande plus de données. A la tête de l'ONG Ocean Action Network, Estelle van der Merwe imagine pour les collecter une application dédiée ou un partage de localisation via messagerie.
Des caméras embarquées dont les images sont analysées par IA doivent aussi offrir des perspectives intéressantes d'ici plusieurs années.
"Toutes les solutions et mesures d'atténuation disponibles seront examinées", a assuré le ministère sud-africain de l'Environnement (DFFE) dans un communiqué à l'AFP.
A.Anderson--AT