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L'élimination des espèces nuisibles en France est "inefficace et coûteuse", selon une étude
L'élimination massive des animaux jugés nuisibles en France ne réduit pas les pertes économiques qui leur sont attribuées et pour certaines espèces ne contribue pas non plus à la baisse des effectifs, indique lundi une étude scientifique.
Tous les trois ans, le gouvernement publie une liste des "espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD)", anciennement appelés nuisibles, permettant de chasser, piéger, capturer ou déterrer ces dernières toute l'année pour éviter des dégâts pénalisant notamment certaines activités agricoles. Une nouvelle liste est attendue d'ici à l'été.
Selon cette étude du Muséum national d'histoire naturelle publiée dans Biological Conservation, chaque année 1,7 million de renards, mustélidés et corvidés sont tués pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires.
Mais ces mesures ont un coût "huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces", selon l'étude.
En analysant les données publiques des déclarations de dégâts et du nombre d'animaux tués entre 2015 et 2022, l'étude constate qu'une augmentation de l'élimination des ESOD non seulement "ne réduit pas les dégâts, mais aussi qu'un arrêt des destructions (des espèces, NDLR) n'engendre pas d'augmentation des dégâts", indique le Muséum dans un communiqué.
Les auteurs de l'étude ont calculé qu'éliminer ces animaux coûte 103 à 123 millions d'euros par an, quand le coût des dégâts déclarés est de huit à 23 millions d'euros.
"Il n'est donc pas rentable de détruire les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts: cela coûte plus cher que d'indemniser les dommages économiques causés", concluent les chercheurs, jugeant cette politique "inefficace et coûteuse".
En outre, en matière de régulation des espèces, les mesures mises en place échouent: en étudiant cinq espèces d'oiseaux de la liste ESOD, les scientifiques ont constaté que les effectifs des populations nicheuses n'avaient pas diminué. Des études précédentes arrivaient au même constat pour le renard roux.
L'arrêté ministériel du 4 août 2023 classait parmi les ESOD la belette d'Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet.
Le 13 mai 2025, le Conseil d'Etat a demandé au gouvernement de retirer la martre de la liste, dont le principe même est régulièrement contesté par les associations de défense de l'environnement.
Fin 2024, un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable appelait à "une refonte de l’approche française" et à ne pas reconduire l'arrêté ESOD en 2026.
H.Romero--AT