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Le rire rend les bonobos optimistes
Chez les bonobos, le rire aide à voir la vie du bon côté. Les vocalisations liées au jeu, proches du rire humain, induisent chez ces singes des émotions positives qui influencent leur comportement, suggère une étude.
"Les émotions sont connues pour influencer un large éventail de fonctions cognitives, comme la mémoire, l'attention et la prise de décision", rappelle à l'AFP Sasha Winkler, co-autrice de l'étude publiée jeudi dans Scientific Reports.
Mais les émotions positives sont moins bien étudiées que les affects négatifs tels que la peur, qui "ont des corrélats comportementaux évidents, comme l'immobilisation ou la fuite, faciles à observer et à mesurer", constate la chercheuse en anthropologie évolutionnaire à l'université Duke (États-Unis), selon qui ce biais de recherche s'explique également par la "réticence à attribuer des émotions aux animaux".
Le rire est ainsi traditionnellement considéré comme le propre de l'homme. Il existe pourtant beaucoup de similitudes entre celui-ci et les signaux émis par d'autres animaux lors du jeu.
Les grands singes produisent des vocalisations ressemblant au rire lorsqu'ils sont chatouillés ou pendant des jeux brusques, tout comme les enfants humains.
Ces vocalisations partagent une origine évolutive commune avec le rire humain et les scientifiques pensent qu'elles servent à réduire le risque que le jeu soit interprété comme une agression.
Elles pourraient être le vecteur d'une contagion émotionnelle, un processus par lequel des signaux émotionnels émis par un individu déclenchent des états similaires chez d'autres.
Pour vérifier l'influence du rire, les autrices de l'étude ont mené une expérience auprès de bonobos du centre d'études et de conservation Ape Cognition and Conservation Initiative à Des Moines (États-Unis).
- Empathie -
Celle-ci a nécessité un entraînement de deux à quatre mois. "Une des difficultés principales était que les bonobos ne participaient que s'ils en avaient envie: ils avaient le choix de se séparer volontairement de leur groupe pour participer aux séances dans une autre pièce", raconte Mme Winkler.
Mali, une femelle bonobo de 14 ans, et Teco, Nyota et Kanzi, trois mâles de 12, 24 et 41 ans, se sont d'abord familiarisés avec une boîte noire contenant de la nourriture et une boîte blanche vide.
Les chercheuses les ont entraînés à repousser la blanche, qui ne contenait pas de récompense. Avant d'ajouter de manière aléatoire trois boîtes de couleurs ambigües, allant du gris clair au gris foncé, qui ne contenaient de la nourriture que dans la moitié des cas.
Lors de certains tests, elles ont diffusé des enregistrements de rires de bonobos, tandis que d'autres étaient accompagnés d'un bruit de vent, servant de contrôle.
Les bonobos se sont approchés de la boîte noire dans 93% des cas et de la boîte blanche dans seulement 1%.
Lorsqu'ils étaient confrontés aux boîtes grises, ils se sont approchés plus fréquemment des boîtes foncées que des boîtes claires. Mais ils avaient trois fois plus de chances d'aller vérifier les boîtes grises lorsqu'ils entendaient des rires.
"Ils tendaient à se comporter de façon plus optimiste", résument les autrices.
Ces résultats soutiennent la théorie selon laquelle les signaux communicatifs ont "évolué principalement pour modifier le comportement des récepteurs en influençant leurs états affectifs, plutôt que pour transmettre une information précise", avance Mme Winkler.
"Que le simple fait d'entendre un rire, sans aucun contexte visuel ou social, puisse influencer les prises de décision chez les bonobos montre à quel point ces effets émotionnels peuvent être larges", ajoute-t-elle.
La contagion émotionnelle est considérée comme une composante essentielle de l'empathie, qui joue un rôle "important dans l'évolution des comportements prosociaux, permettant la coopération à grande échelle que l'on observe dans les sociétés humaines", poursuit l'anthropologue.
"Comprendre à quel moment nos ancêtres communs avec les autres grands singes ont développé ces aspects de l'empathie a des implications importantes pour mieux comprendre notre propre sociabilité", souligne-t-elle.
P.A.Mendoza--AT