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Iran: des militants appellent à manifester en masse samedi
Des militants iraniens ont appelé à manifester en masse samedi dans tout le pays alors que le mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini est entré dans sa cinquième semaine malgré une répression meurtrière.
L'indignation provoquée par le décès le 16 septembre de cette Kurde iranienne de 22 ans a déclenché la plus grande vague de manifestations et de violence en Iran depuis les protestations de 2019 contre la hausse du prix de l'essence dans ce pays riche en pétrole.
Mahsa Amini avait été arrêtée le 13 septembre par la police des moeurs à Téhéran pour avoir, selon celle-ci, enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, prévoyant notamment le port du voile.
Les autorités iraniennes affirment que la jeune femme est décédée des suites d'une maladie et non de "coups", d'après un rapport médical rejeté par son père. Son cousin a affirmé qu'elle était décédée après "un violent coup à la tête".
Depuis, des jeunes femmes, étudiantes et écolières sont les fers de lance des manifestations au cours desquelles elles scandent des slogans antigouvernementaux, mettent le feu à leur foulard et affrontent les forces de sécurité.
Au moins 108 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, selon l'association Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo. De son côté, Amnesty a déploré la mort d'au moins 23 enfants "tués par les forces de sécurité iraniennes", ajoutant qu'ils étaient âgés de 11 à 17 ans.
Deux membres des forces de sécurité ont été tués par balle dans la province méridionale de Fars dans le cadre des manifestations, portant à au moins 20 le nombre de membres des forces de l'ordre tués depuis le début de la contestation, ont rapporté vendredi des médias officiels.
Malgré le blocage par les autorités de l'accès via Internet à des applications populaires telles Instagram et WhatsApp, des militants ont lancé un appel en ligne à manifester en masse samedi sous le slogan "Le début de la fin!" du régime.
Ils ont encouragé les jeunes et la population iranienne à manifester dans des endroits où les forces de sécurité ne sont pas présentes et à scander "Mort au dictateur", en référence au guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.
- "Ingérence" -
Le mouvement de contestation a entraîné des rassemblements de solidarité à l'étranger ainsi que des sanctions occidentales visant des responsables et institutions iraniens accusés d'implication dans la répression.
Vendredi, Téhéran a condamné les propos du président français, Emmanuel Macron, qui avait fait part mercredi de son "admiration" pour les "femmes" et les "jeunes" qui manifestent. Et "de manière très claire, la France condamne la répression menée aujourd'hui par le régime iranien", avait-il encore dit.
Les propos de M. Macron sont une "ingérence" et ils ont servi à encourager "des personnes violentes et des contrevenants", a réagi vendredi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, dans un communiqué.
Selon des analystes, la nature multiforme des manifestations anti-gouvernementales, notamment de jeunes qui se réunissent par petits groupes dans certains quartiers pour éviter d'être repérés, compliquent la tâche des forces de l'ordre pour tenter de les arrêter.
Dans une lettre ouverte publiée jeudi à sa une, le journal réformateur Etemad a demandé au plus haut responsable de la sécurité iranienne de mettre fin aux arrestations effectuées sous "des prétextes parfois fallacieux".
Fait rare, la police de Téhéran a annoncé vendredi qu'elle allait enquêter sur des accusations de harcèlement visant un de ses agents. Ce dernier a été filmé alors qu'il semble se livrer à des attouchements sur une manifestante tout juste interpellée, selon une vidéo publiée par des chaînes à l'étranger.
Ces derniers jours des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l'ordre ont eu lieu en particulier à Sanandaj, capitale de la province du Kurdistan d'où était originaire Mahsa Amini.
La ville de Zahedan (sud-est) a par ailleurs été touchée par des violences déclenchées le 30 septembre lors de manifestations contre le viol présumé d'une jeune fille par un policier, qui ont fait au moins 94 morts selon l'IHR.
R.Chavez--AT