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Nobel: les prisonniers politiques russes méritaient le prix, estime un cofondateur de Memorial
L'ONG russe Mémorial est honorée d'avoir été désignée colauréate du Prix Nobel de la paix, mais aurait préféré voir ce prix aller aux prisonniers politiques russes tels qu'Alexeï Navalny qui risquent leur vie pour s'être opposés à Vladimir Poutine, à déclaré vendredi à l'AFP l'un de ses fondateurs.
L'ONG a beau avoir été "détruite" quelque semaines avant que la Russie ne lance son invasion de l'Ukraine - un tribunal de Moscou a ordonné vendredi la saisie de ses bureaux - elle entend toujours poursuivre son travail, affirme Lev Ponomarev, qui a participé à la création de cette emblématique organisation à la fin des années 1980, au moment des réformes économiques et sociales de la perestroïka.
"J'ai été l'un des fondateurs de Memorial, c'était il y a plus de 30 ans, nous n'étions que dix personnes et nous pensions que la perestroïka serait le début de tout. Mais ce n'est pas comme ça que cela s'est passé", a déclaré à l'AFP M. Ponomarev à Paris, où il a obtenu l'asile politique.
Recevoir le prix Nobel de la paix est "très bien mérité et bien sûr (...) je suis heureux", pour autant, "je suis obligé de dire que le bon choix aurait été de donner le prix Nobel – s'ils veulent soutenir la Russie au moment où elle connaît son régime le plus dur – à des figures politiques", a estimé M. Ponomarev, interrogé en marge d'un forum organisé par le groupe de défense des droits humains Russie-Libertés et la mairie de Paris.
"Je pense à Navalny, je pense à Vladimir Kara-Mourza, je pense à Ilia Iachine. Des gens qui ont choisi leur situation en toute connaissance de cause, en sachant qu'ils risquent leur vie et ne se mettent pas en retrait, et prononcent avec force les mots qui doivent être dits", a-t-il encore affirmé.
Selon lui, "ce sont ceux qui sont derrière les barreaux qui doivent être décorés chaque année".
Dernièrement, Ilia Iachine et Vladimir Kara-Mourza, deux opposants restés en Russie, ont été incarcérés pour avoir dénoncé le conflit. Ils risquent dix ans de prison. Alexeï Navalny, figures de proue de l'opposition à Vladimir Poutine et militant résolu de la lutte contre la corruption, emprisonné en janvier 2021, a été condamné en mars dernier à 9 ans de camp à régime sévère.
– Dissolution –
Outre l'ONG Memorial, le Nobel de la paix a récompensé vendredi le militant bélarusse emprisonné Ales Beliatski et le Centre ukrainien pour les libertés civiles, un prix hautement symbolique en pleine guerre en Ukraine.
Fondé en 1989, Mémorial a fait la lumière pendant trois décennies sur les purges staliniennes, puis les répressions dans la Russie contemporaine de Vladimir Poutine, avant d'en être elle-même victime. Ces dernières années, l'ONG n'a eu de cesse d'interpeller le Kremlin, s'attirant l'inimitié de nombreux responsables et des représailles allant jusqu'à l'assassinat.
L'hiver dernier, la justice russe a finalement prononcé sa dissolution pour des violations d'une loi controversée sur les "agents de l'étranger", une décision qui a choqué en Occident comme en Russie et suscité une avalanche de condamnations
Lev Ponomarev, ancien physicien, a quant à lui été au centre de la scène russe de défense des droits depuis la chute de l'Union soviétique. Depuis Paris, il continue de militer pour la libération des prisonniers politiques en Russie et reste en contact étroit avec ses collègues du Mémorial restés en Russie.
Selon lui, l'obtention du prix Nobel ne risque pas d'inciter Vladimir Poutine à changer d'attitude à l'égard de Memorial, bien que le statut de l'organisation puisse être évoqué dans d'éventuelles négociations avec l'Occident.
"Poutine est un mal mondial total et absolu et cela ne le poussera pas à mieux comprendre Memorial. Mais s'il négocie avec l'Occident, cela pourrait peut-être être un sujet pour une sorte d'arrangement", a-t-il souligné.
"L'organisation est détruite mais il y a des gens qui veulent préserver les archives et le travail. La plupart des membres de l'équipe de Memorial sont partis à l'étranger", dit-il.
À 81 ans, Lev Ponomarev, qui a obtenu le statut de réfugié politique en France après avoir fui des menaces d'arrestation en Russie, espère toujours revoir un jour son pays : "Je pense que je peux y retourner et je travaille beaucoup là-dessus, tous les jours".
T.Wright--AT