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Brésil: la presse, un "ennemi à abattre" pour Jair Bolsonaro
"Menteur, "vaurien", "tu fais honte!" le président Jair Bolsonaro a souvent manié l'insulte quand un journaliste d'un organe de presse brésilien lui posait une question embarrassante. Il a préféré s'exprimer sur les réseaux sociaux ou de petits médias proches de son gouvernement.
Le dirigeant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui pourrait le battre à l'élection dimanche, a déjà eu maille à partir avec les médias pendant ses deux présidences (2003-2010) et a suscité des craintes en proposant une réglementation de la presse.
Mais les quatre dernières années ont été "très difficiles", dit un journaliste couvrant le gouvernement d'extrême droite à Brasilia et qui préfère garder l'anonymat.
Il n'y a jamais eu autant d'hostilité vis-à-vis de la presse que sous Bolsonaro, qui la juge "antipatriotique", explique à l'AFP Arthur Ituassu, professeur de Communication politique de l'Université catholique de Rio.
Pour le président, elle est "un ennemi à abattre".
Le Brésil est tombé depuis 2018 de la 110e à la 180e place du classement de Reporters Sans Frontières (RSF) sur la liberté de la presse. Pour RSF, Bolsonaro "s'en prend régulièrement aux médias et aux journalistes dans ses discours".
"Quand il n'aime pas la question ou qu'il ne sait pas comment y répondre, la méthode la plus courante est d'attaquer le messager", note le reporter de Brasilia.
- Condamné à des indemnités -
"Tu es une honte pour le journalisme brésilien!" a-t-il ainsi lancé en plein débat télévisé des candidats à Vera Magalhaes, une journaliste respectée qui le questionnait sur la corruption.
"J'ai envie de te fermer la gueule à coups de poing", avait-il dit à un reporter du grand quotidien O Globo qui l'interrogeait sur des versements suspects sur le compte de son épouse Michelle.
Bolsonaro a été condamné à verser des indemnités à Patricia Campos Mello, autre journaliste de renom, après avoir insinué qu'elle avait obtenu des informations négatives à son encontre après avoir accordé des faveurs sexuelles à sa source.
- Journalistes malmenés -
S'il accorde ses faveurs à la petite radio-télévision Jovem Pan, qui l'appuie, Bolsonaro n'a pas autorisé la presse à le suivre de près, y compris en ces temps de campagne électorale.
Il a cependant assisté aux trois débats entre les candidats à la télévision et s'est prêté à un long entretien au journal télévisé de TV Globo, média qu'il déteste.
Mais, comme son modèle l'ancien président américain Donald Trump avant lui, il communique abondamment sur les réseaux sociaux où les bolsonaristes "opèrent de manière bien plus efficace que les partis traditionnels", dit Amaro Grassi, analyste à la Fondation Getulio Vargas.
Sur le terrain, les journalistes sont parfois pris à partie, voire malmenés, par des bolsonaristes qui les accusent de mensonges et de manipulation.
C'est ce qui s'est souvent produit devant le Palais de l'Alvorada à Brasilia, où des fans du président attendaient le matin qu'il apparaisse pour converser ou prendre des selfies avec lui.
Jair Bolsonaro a souvent saisi l'occasion pour se défouler sur les médias, sous les acclamations de ses supporters.
"C'était épuisant", dit un journaliste, "vous pouviez être expulsé à tout moment". La presse a fini par ne plus s'y rendre.
"Il n'y a pas d'espace institutionnel où interroger le président", constate ce journaliste. Bolsonaro ne répond par ailleurs pas aux demandes d'interviews à la presse internationale.
- "Vengeance" -
Lula et celle qui lui a succédé, Dilma Rousseff (2011-2016), ont aussi eu des conflits avec la presse, qui a révélé de nombreux scandales de corruption sous la gauche.
Mais l'accès aux dirigeants était plus simple, estiment des journalistes à Brasilia qui espèrent un retour à "la normalité" si Lula gagne, tout en redoutant un esprit de "vengeance".
En meeting le 24 septembre, l'ex-président s'est plaint. "Durant cinq ans, nous avons été passés au grill par les médias", a-t-il dit en référence à ses procès pour corruption et son emprisonnement avant que la Cour suprême n'annule ses condamnations.
Lula a annoncé qu'il allait revoir la loi sur les médias afin de combattre les situations de monopole et de réguler les réseaux sociaux, en état de "putréfaction".
"Je ne veux rien contrôler", a-t-il assuré, "je ne veux pas un modèle de communication comme à Cuba ou en Chine, mais comme en Angleterre".
E.Rodriguez--AT