Arizona Tribune - Israël : une ville du désert à l'épreuve de l'expansion ultra-orthodoxe avant les législatives

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Israël : une ville du désert à l'épreuve de l'expansion ultra-orthodoxe avant les législatives
Israël : une ville du désert à l'épreuve de l'expansion ultra-orthodoxe avant les législatives / Photo: JOHN WESSELS - AFP

Israël : une ville du désert à l'épreuve de l'expansion ultra-orthodoxe avant les législatives

Originaire d'Arad, dans l'est d'Israël, Noam Cohen a compris un samedi que sa ville historiquement laïque avait changé, quand, en route vers un bar avec des amis, il a été pris à partie par de jeunes juifs ultra-orthodoxes l'accusant de violer le shabbat.

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"C'est ce jour-là que j'ai commencé à m'énerver", raconte-t-il à l'AFP, "touché personnellement".

Cet épisode le pousse à rejoindre un mouvement de contestation des habitants laïcs, qui estiment que l'expansion de la population ultra-orthodoxe transforme le visage de leur ville.

"Ce n'est plus la même ville que celle où j'ai grandi", résume Einat Jupiter, une autre habitante.

Avant les élections législatives du 27 octobre, les tensions dans cette localité aux portes du désert du Néguev - où la population a manifesté à plusieurs reprises cette année - illustrent une problématique nationale.

"Ce qui se passe à Arad pourrait préfigurer l'avenir de tout l'État", estime M. Cohen. Les ultra-orthodoxes "ont plus d'enfants. On ne peut pas lutter contre cela".

Selon des projections, cette communauté pourrait atteindre le quart de la population israélienne d'ici 2050, contre 14% aujourd'hui.

Avec un taux de fécondité de 6,5 enfants par femme, leur poids démographique s'est logiquement traduit par une influence politique accrue.

Deux partis ultra-orthodoxes soutiennent la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu et pèsent depuis longtemps sur des enjeux allant des allocations budgétaires à l'exemption du service militaire dont bénéficient les étudiants religieux.

Une mesure qui fait particulièrement débat, alors même que trois ans de guerre ont mis l'armée à rude épreuve.

"Nous ne pouvons pas vivre ensemble. Nos vies et les leurs sont totalement différentes. Nous ne sommes pas compatibles", tranche Noam Cohen.

- Critiques du tout sécuritaire -

Dans les années 1980, sa ville de 30.000 habitants surplombant la mer Morte était une communauté prospère et laïque, accueillant le plus grand festival de musique du pays.

Mais le déclin économique a provoqué le départ de nombreux habitants à partir de la fin de la décennie, remplacés par des immigrants juifs soviétiques et des familles ultra-orthodoxes, attirés par un immobilier abordable.

Aujourd'hui, les ultra-orthodoxes représentent environ 40% de la population, selon Nisan Ben Hamo, maire de 2015 à 2024, qui pointe l'abandon des régions périphériques par les gouvernements successifs.

"Quand la politique ne porte que sur la sécurité, tous les autres sujets sont laissés de côté", dit-il.

"Les libéraux doivent se réveiller et accroître leur taux de participation s'ils veulent l'emporter, car le camp adverse - l'extrême droite et les ultra-orthodoxes - est mieux organisé", prévient M. Ben Hamo à l'approche des législatives. "Ils contrôlent leur électorat et parviennent à le mobiliser massivement".

En 2024, il a dû céder ses fonctions, après un scrutin municipal marqué par une forte mobilisation des ultra-orthodoxes.

- Abris transformés en synagogues -

Pour Shlomi Tabchik, qui déplore la multiplication des ressources publiques allouées à cette communauté, le conflit se joue quotidiennement dans l'espace public.

"Quand des missiles s'abattent sur nous, nous avons besoin d'abris, mais ils sont inutilisables car ils ont été transformés en synagogue. C'est scandaleux. De qui la municipalité se préoccupe-t-elle vraiment ?", s'interroge-t-il.

En mars, 84 administrés d'Arad ont été blessés par la chute d'un missile iranien, selon les services de secours.

M. Tabchik regrette également la baisse des investissements dans les loisirs et activités, qui fragilise le tissu social de sa ville.

Des actes de vandalisme contre des publicités représentant des femmes ont aussi enflammé les esprits.

"Ils veulent nous voir partir, ils veulent la ville pour eux seuls", affirme-t-il.

- "Je veux vivre librement" -

Des habitants ultra-orthodoxes démentent pourtant nourrir de telles intentions.

Yitzhak Gordon, membre influent de la communauté et responsable du budget de la ville, qualifie les relations de globalement amicales.

Les plaintes contre les ultra-orthodoxes sont amplifiées par des personnes "qui passent leur journée sur internet", notamment sur Facebook, estime-t-il.

"La population jeune et laïque quitte Arad", reconnaît-il toutefois. "Les salles de classe se vident et nous avons aussi besoin de lieux pour étudier", répond-il aux opposants.

"Les gens apprennent à s'entendre", tempère également Mme Jupiter.

Mais si elle reconnaît que la cohabitation quotidienne est généralement pacifique, elle craint que les ultra-orthodoxes ne veuillent imposer leur mode de vie.

"Cela ne marchera pas. Je veux vivre librement", prévient-elle.

R.Chavez--AT