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"L'armée le sait": au Mexique, les manifestants demandent justice pour les "43" d'Ayotzinapa
Des milliers de manifestants ont incriminé l'armée, lundi à Mexico, lors du huitième anniversaire de la disparition des 43 étudiants d'Ayotzinapa, cas emblématique de la "tragédie humaine" des plus de 100.000 disparus dénombrés dans le pays.
De nouveaux heurts ont éclaté en fin de cortège dans le centre de la capitale malgré l'appel à une marche pacifique formulé par le président Andres Manuel Lopez Obrador, qui avait décrété une journée de deuil ce lundi.
"Nous exigeons qu'on enquête sur les militaires, qu'on les punisse, qu'on n'enquête pas seulement sur la délinquance organisée", a déclaré la mère de l'un des jeunes, Blanca Nava.
Les étudiants ont disparu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 à Iguala, dans l'Etat de Guerrero (sud), où ils s'étaient rendus pour "réquisitionner" des autobus afin d'aller manifester à Mexico.
Selon la première enquête officielle menée sous l'ancien président Enrique Pena Nieto(2012-2018), les 43 jeunes ont été arrêtés par la police locale de mêche avec le gang Guerreros Unidos.
Ils ont ensuite été tués par balles et brûlés dans une décharge pour des raisons qui restent obscures. Seuls les restes de trois d'entre eux ont pu être identifiés.
Le rapport de la "Commission pour la vérité Ayotzinapa" a conclu en août que les militaires mexicains avaient aussi une part de responsabilité dans ce crime.
Le président Andres Manuel Lopez Obrador s'est félicité lundi d'avoir rompu "le pacte du silence et de l'impunité".
L'ex-procureur général Jesus Murillo Karam a été arrêté après la publication du rapport. Il sera jugé par un tribunal pénal pour "disparitions forcées, torture et obstruction à la justice".
"C'est une avancée significative", a déclaré l'avocat des familles Vidulfo Rosales, qui dénonce cependant des reculs dans l'enquête, comme l'annulation de 20 mandats d'arrêt envers des responsables présumés du drame d'Ayotzinapa.
Un tribunal mexicain avait émis fin août 83 mandats d'arrêt dans l'affaire des 43 disparus.
Le Mexique a demandé à Israël l'extradition de Tomas Zeron, ex-chef de l'Agence d'investigation criminelle sous l'ancien président Enrique Peña Nieto (2012-2018). Il est accusé d'avoir manipulé des preuves.
Le Mexique compte plus de 100.000 personnes disparues, "une tragédie humaine", avait dénoncé en mai le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Le dénombrement des disparus a commencé à partir de 1964, alors que le régime mexicain menait une "guerre sale" contre des groupes d'opposants politiques.
Les disparitions forcées ont pris de l’ampleur à partir des années 2000 dans un contexte de violence liée au trafic de drogue.
D.Johnson--AT