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Procès de l'attentat de Nice: la diffusion de la vidéosurveillance en débat
Au deuxième jour du procès de l'attentat de Nice, qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, la cour d'assises spéciale a débattu mardi de l'opportunité de projeter les images de vidéosurveillance de la course meurtrière du camion-bélier.
Ce visionnage, envisagé vendredi, s'annonce "insoutenable" mais est "très important" pour beaucoup de victimes, ont fait valoir la majorité des avocats de parties civiles, tandis que ceux de la défense considèrent qu'il "n'est pas nécessaire".
Ces quatre minutes d'horreur filmées par les caméras de surveillance de Nice ont été conservées en un seul exemplaire, sous scellé, afin qu'"aucune image ne circule en dehors de la procédure judiciaire", et "je souhaite que ça reste le cas", pour "éviter le voyeurisme ou le sensationnalisme", a souligné le président de la cour, Laurent Raviot.
"Est-ce que ça a un intérêt par rapport à la compréhension du déroulement de l’attentat, est-ce que ça a un intérêt pour déterminer la responsabilité éventuelle des accusés, et est-ce que ça a un intérêt pour les parties civiles", a-t-il énuméré, précisant qu'il n'avait pas vu lui-même ces images.
Le président n'a pas précisé quand il rendrait sa décision. Le visionnage du scellé est envisagé vendredi, à l'occasion de l'audition de l'agent de la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire qui a exploité ces images pour les besoins de l'enquête.
Les parties civiles sont divisées sur le sujet. "C’est quelque chose qui nous a été demandé à de nombreuses reprises, pour des raisons de reconstruction, de reconstitution des mémoires", mais aussi pour "pouvoir confronter la cour, le parquet, les accusés aux faits que nous allons juger", a souligné Virginie Le Roy, avocate de l'association Promenade des anges et de nombreuses victimes. "Mes clients sont soit hostiles (à la diffusion des images), soit n’ont pas d’opinion", a dit de son côté Gérard Chemla, un autre avocat de parties civiles.
"Cette question met le doigt sur la dichotomie entre ce qui est nécessaire pour les parties civiles et le débat de la manifestation de la vérité et de l’appréciation de la responsabilité des accusés", a fait valoir Adelaïde Jacquin au nom des avocats de la défense.
Aucun des accusés n'étant renvoyé pour "complicité" de l'attentat, "on considère que le visionnage de ces vidéos n’est pas nécessaire à l’appréciation de (leur) responsabilité", a ajouté l'avocate.
Mardi matin, l'audience avait débuté avec l'appel des témoins et des experts appelés à déposer lors du procès.
Parmi eux, l'ancien président François Hollande et son ministre de l'Intérieur de l'époque Bernard Cazeneuve devraient être entendus le 10 octobre. Le même jour est attendu François Molins, procureur général près la Cour de Cassation, qui était à l'époque des faits procureur de Paris, alors chargé des enquêtes sur les attentats terroristes.
Le maire de Nice Christian Estrosi ainsi que celui qui occupait ces fonctions lors des faits, Philippe Pradal, seront eux entendus le 20 octobre.
- "Le temps nécessaire" -
Cinq semaines par ailleurs seront consacrées au témoignage des parties civiles. 1.940 personnes s'étaient constituées partie civile mardi en milieu d'après-midi (contre 865 avant l'ouverture du procès), parmi lesquelles environ 300 souhaitent témoigner.
Au vu du calendrier contraint du procès, qui doit s'achever le 16 décembre, "la cour entend privilégier les proches de personnes décédées et les personnes blessées physiquement", a averti M. Raviot.
S'adressant aux accusés, le président a reconnu que la première partie du procès "les laiss(ait) un peu de côté", mais a assuré que "la cour prendra(it) le temps nécessaire pour examiner leur personnalité, les charges retenues contre eux et leurs éléments de défense".
En début d'après-midi, il a entrepris la lecture du résumé des faits et de l'enquête, un exercice prévu pour durer deux à trois heures.
Les sept accusés présents prendront ensuite la parole en fin de journée pour une "déclaration préalable".
Trois accusés se trouvent dans le box, Ramzi Arefa, Chokri Chafroud (en détention provisoire) et Artan Henaj (condamné dans une autre affaire). Quatre - Maksim Celaj, Endri Elezi, Mohamed Ghraieb et Enkeledja Zace - comparaissent libres sous contrôle judiciaire.
Le huitième, Brahim Tritrou, détenu en Tunisie, sera "jugé par défaut".
L'assaillant, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans tué par la police le soir de l'attentat, est le grand absent du procès.
Ce chauffeur-livreur au caractère instable, connu pour des actes de violence, notamment contre son épouse, "s'était inscrit dans une démarche idéologique d'inspiration jihadiste plusieurs mois avant" l'attentat, selon l'accusation.
L'enquête n'a pas permis d'établir s'il avait bénéficié de complicités.
Trois accusés (Ramzi Arefa, Chokri Chafroud et Mohamed Ghraieb) sont poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste. Les cinq autres accusés sont poursuivis pour des délits de droit commun - association de malfaiteurs et infractions à la législation sur les armes.
A.Taylor--AT