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Proche de Belmondo, promoteur de Bruce Lee: la collection cinéma de René Chateau aux enchères
Un pan de "mémoire du cinéma" aux enchères. Des centaines d'affiches, photos et livres sont mis en vente jeudi à Paris, amassés par René Chateau, producteur iconoclaste mort en 2024, ancien proche de Belmondo et découvreur de Bruce Lee en France.
Dans les années 80, le logo à la panthère noire de "René Chateau Vidéo" ornait les cassettes VHS des succès de "Bebel" ("Peur sur la ville", "Flic ou voyou"...) et du maître du kung-fu ("Le jeu de la mort", "Opération Dragon"...), diffusant à grande échelle un cinéma testostéroné et populaire.
À la disparition de René Chateau à l'âge de 84 ans, le streaming avait supplanté de longue date les VHS mais sa mort a mis au jour la fibre collectionneuse de cet homme d'affaires secret, issu d'un milieu modeste et tombé dans le cinéma à l'adolescence, alors qu'il était apprenti carreleur.
Affiches de collection, livres annotés, cassettes vidéo... À partir de jeudi, la maison d'enchères Millon va progressivement mettre en vente les milliers de vestiges cinématographiques des années 30 à 60 archivés par René Chateau dans les cinq étages de l'hôtel particulier qu'il occupait à Paris.
"Il n'y avait pas un centimètre qui n'était pas consacré au cinéma", se souvient pour l'AFP Christophe Goeury, expert de la vente qui a participé à vider les lieux. "Il disait qu'il avait la plus grande collection au monde en lien avec le cinéma français et il n'exagérait pas."
- Série B -
Les premiers objets mis aux enchères jeudi témoignent du grand éclectisme de ce cinéphile passionné de films de séries B comme de grands classiques hollywoodiens et français.
Dans la salle des ventes, on trouvera aussi bien un visuel à l'effigie de Bruce Lee, provenant des salles de cinéma que René Chateau avait ouvertes à Paris dans les années 70, que les affiches originales de "Quai des Brumes" avec Jean Gabin, "Casablanca" avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, ou "Lolita" de Stanley Kubrick.
Les prix de mise en vente démarrent à 30 euros et s'échelonnent jusqu'à 6.000 euros pour une affiche de "M Le Maudit" de Fritz Lang, destinée aux distributeurs français de l'époque et, de ce fait, vierge de toute inscription.
"Il était en avance sur son temps parce qu'il a eu très tôt l'intuition que les films populaires, de série B, feraient partie de la pop culture et seraient considérés comme de vraies oeuvres, un peu comme la +Blaxpoitation+", popularisée dans les années 90 par Quentin Tarantino, analyse Christophe Goeury.
"La culture cinématographique d'aujourd'hui, c'est le cinéma de divertissement d'hier", avait coutume de dire René Chateau, qui avait aussi réédité en VHS quelque 700 films des années datant d'avant la télévision et la Nouvelle Vague.
Dans ce premier pan mis aux enchères, on trouvera en revanche très peu d'objets en lien direct avec Jean-Paul Belmondo, dont il fut l'inséparable bras droit pendant près vingt ans avant une brutale rupture au mitan des années 80 pour des raisons jamais dévoilées.
En 2013, sur France Culture, René Chateau s'était souvenu de la "baffe" reçue après avoir vu Belmondo dans "À bout de souffle" à la fin des années 50. "Il a un sens du spectacle, il est extraordinaire", disait-il.
L'amertume était davantage palpable en 1985, après la décision de Belmondo de se séparer de son associé. "Je ne reproche pas à Jean-Paul d'être narcissique et mégalomane, défauts indispensables pour être un bon acteur", avait-il dit.
P.Smith--AT