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CPI: l'ex-président philippin Duterte a personnellement dressé des "listes de personnes à abattre"
Rodrigo Duterte a personnellement dressé des "listes de personnes à abattre" et s'est vanté des meurtres commis pendant sa "guerre contre la drogue", a déclaré mardi un procureur de la Cour pénale internationale (CPI), lors du deuxième jour d'audiences sur un éventuel procès de l'ex-président des Philippines, accusé de crimes contre l'humanité.
Edward Jeremy a présenté des témoignages accablants, notamment des allégations selon lesquelles des enfants auraient eu la tête enveloppée dans du ruban adhésif et auraient été étranglés à mort.
"En tant que président, M. Duterte a publiquement nommé des personnes qu'il accusait d'être impliquées dans le trafic de drogue, et beaucoup d'entre elles ont fini par être victimes de sa supposée guerre contre la drogue", a déclaré M. Jeremy.
L'ancien chef d'Etat est inculpé de trois chefs d'accusation. Il est accusé d'être impliqué dans au moins 76 meurtres entre 2013 et 2018, lorsqu'il était maire de la ville de Davao (sud), puis président des Philippines.
Les procureurs affirment qu'il ne s'agit là que d'une "infime partie" des milliers de personnes qui auraient été tuées dans le cadre de sa "guerre contre la drogue".
"Les pauvres étaient souvent pris pour cible, car ils étaient les moins susceptibles de porter plainte contre la police", a déclaré M. Jeremy.
- "Les cadavres s'accumulent" -
Le procureur a diffusé un extrait vidéo dans lequel M. Duterte plaisante au sujet de ses "exécutions extrajudiciaires" lors d'une réception.
"Dans cette salle de réception opulente et dorée, les responsables rient avec leur président tandis qu'il se vante de ses talents en matière d'exécutions extrajudiciaires... Et dehors, dans les rues des Philippines, les cadavres s'accumulent", a commenté le procureur.
M. Jeremy a affirmé que près de 1.500 personnes avaient déjà été tuées au moment où cet extrait a été filmé.
Il a ensuite détaillé des allégations selon lesquelles à deux reprises, deux enfants de 14 ou 15 ans ont été tués.
"À chaque fois, la police a enveloppé la tête de l'enfant dans du ruban adhésif. Ainsi, personne ne pouvait l'entendre crier. Puis ils ont étranglé l'enfant à mort avec du fil de fer", a expliqué M. Jeremy.
"Il est difficile d'imaginer une fin plus terrifiante pour deux vies qui avaient à peine commencé," a-t-il ajouté.
Les audiences dites de "confirmation des charges", au cours desquelles les juges décideront si M. Duterte, 80 ans, sera jugé lors d'un procès, se déroulent jusqu'à vendredi à La Haye. La cour a 60 jours pour communiquer sa décision.
Une autre procureure, Robynne Croft, a qualifié les crimes présumés d'"attaque généralisée et systématique" contre le peuple philippin.
Les meurtres étaient "hautement organisés, planifiés et coordonnés" et n'auraient pas eu lieu sans la "contribution essentielle" de M. Duterte, a-t-elle affirmé.
L'avocate des victimes, Paolina Massidda, a déclaré quant à elle que les proches des personnes tuées "attendaient ce moment depuis des années".
"Aujourd'hui, les victimes se tiennent devant vous avec l'espoir que la justice qui leur a longtemps été refusée soit enfin à leur portée. Ce tribunal est leur dernier refuge," a-t-elle déclaré face aux juges.
"Pour les victimes, la confirmation des charges n'est pas seulement une étape juridique. C'est la reconnaissance que leurs proches comptaient. C'est la reconnaissance que ce qui leur est arrivé était mal", a-t-elle ajouté.
Les audiences se tiennent en l'absence de M. Duterte. Son avocat, Nicholas Kaufman, qui s'adressera à la Cour jeudi, a déclaré lors de l'ouverture des audiences qu'il "maintenait fermement son innocence".
Il a fait valoir que si M. Duterte avait recours à des "fanfaronnades et à des hyperboles" dans ses discours, il ordonnait aussi fréquemment aux autorités de ne tirer qu'en cas de légitime défense.
M.White--AT