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À son procès en appel, Le Pen nie tout "système" de détournement de fonds
Aux premières heures de son interrogatoire au procès en appel des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front National, décisif pour sa candidature en 2027, Marine Le Pen s'est efforcée mardi de casser l'image d'un "système" institutionnalisé de détournements de fonds européens par son parti.
L'interrogatoire depuis mardi après-midi de la cheffe de file de l'extrême droite, actuellement inéligible en raison de sa condamnation en première instance, est le premier temps fort de ce procès à hauts enjeux politiques prévue jusqu'au 11 février au palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité.
"Le terme de +système+ me gêne car on a le sentiment d'une manipulation", déclare à la cour Marine Le Pen en évoquant un concept-clé de l'accusation, validé par les juges de première instance. La triple candidate à l'Elysée dément avoir intentionnellement commis un délit dans cette affaire.
"Les cas des assistants parlementaires doivent être analysés les uns après les autres car il m'apparaît qu'ils recoupent des réalités très différentes", soutient à la barre la patronne des députés RN de 57 ans, en veste bleu marine à manches mi-longues sur chemisier bleu ciel échancré.
La justice reproche à Marine Le Pen, au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres cadres le paiement entre 2004 et 2016 de salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux, avec de l'argent du Parlement européen.
Sur les 25 condamnés en première instance, seule la moitié a fait appel.
Son attitude contenue devant les juges tranche cependant avec l'atmosphère houleuse de son interrogatoire au premier procès. Sitôt que l'agacement commence à pointer dans la voix de Mme Le Pen, il se voit aussitôt bridé.
"La masse salariale du Front national ne cesse d'augmenter, en 2014, 2015, 2016. Si vraiment il y avait eu une volonté en quelque sorte d'alléger le FN, ça se verrait de partout. Ca ne se voit absolument nulle part", affirme-t-elle.
L'interrogatoire de Marine Le Pen est prévu jusqu'à mercredi soir.
- Relaxée dans une autre affaire -
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l'a déclarée coupable et notamment condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, l'empêchant en l'état de se présenter à la prochaine présidentielle. Un coup de tonnerre au moment où la candidate potentielle survolait les intentions de vote pour le premier tour.
Au moment où l'extrême droite a le vent en poupe, avec le nombre sans précédent de 120 députés RN à l'Assemblée nationale, Mme Le Pen, rattrapée par les pratiques des années de vaches maigres du parti, pourrait voir sa quatrième candidature à l'élection présidentielle empêchée par la justice et devoir céder la place à son poulain Jordan Bardella.
Mardi, la cour d'appel a commencé la journée par l'interrogatoire du député de l'Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d'assistant parlementaire d'une eurodéputée frontiste en 2014-2015.
Ayant rejoint le parti d'extrême droite en 2014, le prévenu disposait d'un contrat de travail comme assistant parlementaire de l'eurodéputée Mylène Troszczynski. Et ceci alors que l'organigramme du Front national publié à l'hiver 2015, qui éveillera l'attention du Parlement européen, le présentait comme "conseiller spécial" au cabinet de la présidente du parti, Marine Le Pen.
Malgré le contrat le mettant théoriquement au service de l'eurodéputée, sur les premiers mois, "je n'ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail", affirme à la barre Julien Odoul, 40 ans.
Sur une période d'un an et demi, il n'aura que douze communications avec sa supérieure théorique. De leur trois appels, le plus long sera d'une durée de quatre minutes et dix-sept secondes. "Rétrospectivement, elle n'avait pas besoin de mes services", dit-il regretter.
Se présentant comme désœuvré, débarquant dans un parti désorganisé, Julien Odoul soutient s'être alors mis informellement au service de Marine Le Pen car "Mylène Troszczynski m'avait dit de me rendre utile au sein du siège du Front national".
Dans un télescopage du calendrier judiciaire, au moment même où Mme Le Pen montait la barre sur l'île de la Cité, la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris l'a relaxée dans une autre affaire dans laquelle elle était mise en cause.
Une ancienne étudiante de l'Institut d'études politiques de Bordeaux la poursuivait pour injure publique pour l'avoir associée en mars 2019 dans un tweet à l'"islam radical" en commentaire d'une photographie où elle était voilée.
K.Hill--AT