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Rêves d'amour brisés d'un migrant vénézuélien emprisonné au Salvador
Andry Hernandez a quitté son Venezuela natal pour rejoindre son compagnon aux Etats-Unis. Mais expulsé au nom des lois anti-migrants américaines, il s'est retrouvé dans une prison de haute sécurité du Salvador où il dit avoir subi de multiples sévices.
Après quatre mois d'enfermement au Centre de confinement du terrorisme (Cecot), construit par le président Nayib Bukele pour enfermer les plus dangeureux membres de cartels, il a été libéré avec ses 251 concitoyens. Il est aujourd'hui revenu au point de départ, dans son village, seul.
Il avait prévu de rejoindre Paul Diaz, psychologue américain d'origine portoricaine de 49 ans, rencontré en ligne il y a deux ans.
Ils projetaient de fonder ensemble une association pour aider les enfants atteints du VIH et du cancer.
Le maquilleur-coiffeur espérait une vie meilleure, et se libérer de l'homophobie au Venezuela. Il rêvait aussi de travailler à Hollywood ou dans des concours de beauté.
Il assure ne pas avoir renoncé à ses rêves, ni à une vie avec Paul, même s'il n'est plus sûr de leur avenir. Ni du sien.
En 2024, comme 300.000 autres Vénézuéliens, il s'était lancé à travers la dangereuse jungle du Darien, entre Colombie et le Darien.
Il a traversé l'Amérique centrale, puis la frontière entre Mexique et Etats-Unis, avant d'être arrêté et expulsé vers le Mexique.
Il prend alors la voie légale via l'application CPB One, qui permettait aux migrants illégaux --et notamment aux Vénézuéliens-- de demander asile aux États-Unis. On lui assigne rendez-vous le 29 août 2024.
"J'ai réussi", se souvient-il avoir pensé en traversant à nouveau la frontière et voyant le drapeau américain.
Mais les services de sécurité l'assimilent au gang vénézuélien du Tren de Aragua, classé organisation "terroriste" par Washington, en raison de deux couronnes tatouées sur ses poignets.
Il a beau expliquer qu'il n'a jamais été condamné, ni même accusé, et que les couronnes représentent les Rois Mages, rien n'y fait. Il est envoyé dans un centre de détention à Otay Mesa, en Californie, accompagné d'une centaine d'autres personnes, toutes tatouées.
"Ce jour-là, j'ai pensé à mes parents, à Paul, à tout ce que j'avais risqué pour ne rien obtenir", dit-il.
Dehors, Paul engage un avocat pour tenter de faire libérer Andry.
"Par amour, il s'est sacrifié. Il me disait: +je veux être avec toi, travailler à tes côtés".
- "Petit morceau d'enfer" -
Comparé au Cecot, Otay Mesa était "un hôtel de luxe" bien qu'il ne soit pas exempt d'épisodes d'homophobie et d'un cas de harcèlement, raconte-t-il.
Mais arrivé au Cecot, suivent quatre mois de coups, d'insultes et de viols.
"Je ne suis pas un criminel!", se souvient-il avoir imploré en vain les gardiens.
Ce n'est que le début d'un long calvaire dans ce "petit morceau d'enfer".
Il raconte qu'un jour, accablé par la chaleur, il s'est accroupi pour s'asperger d'eau. "Que fais-tu à te laver en cachette ? Ce n'est pas permis, tu es puni", lui crie un des gardiens. On l'emmène à l'isolement, dans une cellule de 9 m2, sans lumière ni ventilation, baptisée +l'île+.
"Ils m'ont dit +agenouille-toi !+", se remémore Andry. "J'ai senti que j'avais quatre personnes autour de moi, ils me touchaient, l'un m'a forcé à lui faire une fellation, un autre avec une matraque frottait mes parties intimes".
Il pense que les violences ont duré environ deux heures "interminables".
Andry tente aujourd'hui de surmonter le traumatisme de l'enfer vécu au Cecot.
S'il goûte avec bonheur la liberté retrouvée, il pense à son rêve de vie brisé avec Paul.
Andry n'exclut pas de tenter de retourner aux États-Unis. "Si on me permet d'entrer, oui j'irai", affirme-t-il, bien que pour l'instant, les amoureux entendent se retrouver en Colombie.
P.Hernandez--AT