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Verdict attendu du procès en diffamation de Meloni contre Roberto Saviano
Test pour la liberté d'expression jeudi en Italie: un tribunal de Rome doit se prononcer sur la plainte pour diffamation de la Première ministre d'extrême droite Giorgia Meloni contre le journaliste Roberto Saviano, accusé de l'avoir injuriée en 2020 en raison de ses positions anti-migrants.
Cette plainte, déposée lorsque la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia était encore dans l'opposition, a été maintenue par Mme Meloni à son arrivée au pouvoir il y a un an, malgré les appels au retrait venant d'organisations de défense de la liberté de la presse.
Dans ce procès en première instance ouvert en novembre 2022, M. Saviano, journaliste et écrivain auteur du best-seller international sur la mafia "Gomorra", risque jusqu'à trois ans de prison.
Le journaliste a estimé dans un post du 3 octobre sur X que le tribunal "devra décider s'il est possible ou non d'exercer le droit de critique" en Italie. La sentence nous permettra "certainement d'en savoir plus sur l'état de santé de la démocratie italienne", a confirmé son avocat Antonio Nobile dans un entretien mercredi avec l'AFP.
L'avocat juge ce procès "très difficile", car Saviano doit affronter la Première ministre "qui est partie au procès mais aussi la cheffe du gouvernement, et à ce titre à la tête de l'administration judiciaire dont dépend la juge" qui rendra le verdict.
"En outre, nous n'avons pas été rassurés par les polémiques des dernières semaines, avec l'attaque (de Mme Meloni, NDLR) contre une juge sicilienne", a-t-il ajouté.
La Première ministre s'est dite début octobre "stupéfaite" par la décision de cette juge ayant considéré le dernier décret anti-immigration de son gouvernement comme contraire à la Constitution et au droit européen. Une attaque qui a suscité les critiques de l'opposition et des syndicats de magistrats.
- "C'est une infamie" -
L'affaire jugée jeudi remonte à décembre 2020 lorsqu'il avait été demandé à M. Saviano, invité d'une émission politique, un commentaire sur la mort dans un naufrage d'un bébé de six mois venant de Guinée.
Ce nourrisson, Joseph, qui était l'un des 111 migrants secourus par le navire humanitaire Open Arms, était décédé avant d'avoir pu recevoir des soins médicaux. Dans une vidéo tournée par des sauveteurs et montrée à M. Saviano lors de l'émission, on peut entendre la mère du bébé pleurer.
L'écrivain avait alors pointé du doigt Mme Meloni et Matteo Salvini, le chef de la Ligue anti-immigration aujourd'hui vice-Premier ministre: "Je veux juste dire à Meloni, et à Salvini, vous êtes des salauds! Comment avez-vous pu?"
Mme Meloni avait déclaré en 2019 que les navires d'ONG humanitaires qui secourent les migrants "devraient être coulés", tandis que M. Salvini, en tant que ministre de l'Intérieur la même année, avait bloqué l'arrivée de ces navires en Italie. Ce dernier est partie civile au procès.
En novembre 2022, M. Saviano avait expliqué avoir utilisé le terme "salaud" pour souligner les dommages causés par les "mensonges" de Mme Meloni et M. Salvini sur les ONG. "Comment avez-vous pu être aussi irréfléchis pour isoler, salir, transformer les navires humanitaires en bateaux pirates?" s'était-il indigné.
"Laisser les gens se noyer n'est pas une opinion politique. Discréditer les navires humanitaires n'est pas une opinion politique, c'est une infamie, et surtout c'est inhumain", avait-il ajouté.
L'association d'écrivains PEN International, qui défend la liberté d'expression, avait exhorté en vain dans une lettre ouverte Mme Meloni, devenue Première ministre, à retirer sa plainte.
L'écrivain, sous protection policière depuis la publication de "Gomorra" en raison des menaces de la mafia, avait estimé l'an dernier que les poursuites engagées contre lui visaient à "en intimider un pour en intimider cent". Son avocat craint lui aussi l'effet "dissuasif" d'une condamnation sur les participants au débat public.
Les groupes de défense de la liberté de presse estiment que de tels procès sont symboliques d'une culture en Italie dans laquelle des personnalités publiques, souvent des responsables politiques, intimident les journalistes avec des poursuites judiciaires à répétition.
L'Italie est au 41e rang du classement mondial de la liberté de la presse 2023 publié par Reporters sans frontières.
A.Taylor--AT