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Vacances: pas si simple pour tout le monde de déconnecter du travail
"Ca m'angoisse, j'ai peur de rater un truc": couper totalement avec le travail en vacances n'est pas une évidence pour tous, un phénomène qui a tendance à s'amplifier dans une société hyper-connectée et peut avoir des incidences sur la santé.
"Je +checke+ mes mails tous les jours, mes SMS, Twitter…", même sur la plage, rapporte à l'AFP Laurence Roques, avocate au barreau du Val-de-Marne, se disant "incapable de décrocher".
"Personne ne me l’impose", mais "on se rend compte quand même qu'il y a une dictature de l’accélération du temps. Avant, les clients n’osaient pas nous déranger", dit-elle. "Tout le monde est +addict+" et cela "entraîne un cercle vicieux!".
Même crainte de "louper un truc" pour Virginie (qui préfère taire son nom). Dans la communication dans un grand groupe industriel, elle aussi regarde "tous les jours" et ne peut s'empêcher d'intervenir quand quelque chose la "chiffonne".
"Je n’ai qu’un téléphone qui fait les deux: le perso et le pro. Donc c’est très tentant, il suffit d’aller cliquer sur la boite mail", rapporte-t-elle.
Selon une étude Ipsos publiée en juin, 28% des salariés anticipaient de travailler durant leurs congés et 42% regarderont mails et messages, selon cette enquête pour Ringcentral, fournisseur de solutions de communication.
Me François Hubert, du cabinet Voltaire Avocats, rappelle que la déconnexion a été consacrée par la jurisprudence, puis reprise dans le cadre de la loi Travail de 2016 et inscrite dans le code du travail (L2242-17), avec une obligation de négocier et à défaut de mettre en place une charte.
En matière de contentieux, "le sujet commence à monter": l'évolution des technologies et le Covid qui a amplifié le télétravail "ont peut être conduit à ce que ce droit soit plus mis en avant". Mais l'avocat relève qu'en cas de condamnation des employeurs pour non-respect de la déconnexion, les dommages et intérêts étaient "assez limités".
- "Bourreau de soi-même" -
Dans les accords ou chartes, deux principales approches existent, indique-t-il: une "autoritaire" avec coupure des accès et sanctions si le salarié ne respecte pas les règles et une "plus souple".
Pour Matthieu Trubert qui planche sur ces sujets pour la CGT cadres (Ugict), le phénomène "s’amplifie et se généralise": tous les secteurs sont concernés et les cadres sont plus exposés, mais pas les seuls touchés.
"De plus en plus des personnes ont la hantise de tout laisser en plan" et "de la masse de travail à retrouver à la reprise", dit-il. En conséquence, certains salariés ne programment plus des messages d'absence avant de partir en vacances...
Une part substantielle d'entreprises "ont conscience" du problème. Mais qu'arrive-t-on à mettre en place, autre que des chartes ou des pétitions de principe?, s'interroge-t-il.
Le syndicaliste évoque "le syndrome de la roue du hamster". "On est quand même assez souvent le bourreau de soi-même".
Camy Puech, président de Qualisocial, spécialisé dans la santé au travail, relève qu'"on est dans une période de tension au travail", sur fond de risques d’inflation ou de récession sur l’Europe. S'ajoute une population "assez fatiguée", malgré une "forme de stabilité sur les six derniers mois" après la période Covid.
"Tous les ingrédients sont là pour qu’on ne déconnecte pas", souligne-t-il. Or, "la santé mentale, c’est comme une batterie qui se décharge et se recharge. Si on maintient la continuité, on ne recharge pas complètement". "Plus le temps passe et plus on subit, jusqu’au burn-out, avec aussi l’augmentation des tendances addictives, dépressives…".
D'autant que regarder ses messages en vacances n'est "pas très utile", estime François Sarmant, cadre dans l’industrie du logiciel. Il relève "le risque de donner des instructions sans être en mesure d’y répondre en temps et heure, ce qui va rajouter de la confusion".
F.Ramirez--AT