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Lyon: une visite virtuelle pour dissiper le mystère des "Arêtes de poissons" romaines
Le grand public va-t-il enfin découvrir à quoi ressemblent les mystérieuses "Arêtes de poisson" de Lyon ? Un projet de visite virtuelle veut sortir des ténèbres ce réseau souterrain creusé par les Romains, inaccessible pour des raisons de sécurité.
"Ca fait rêver tout le monde: on a sous les pieds un site fermé depuis 2000 ans que presque personne n'a vu et dont on ne sait quasiment rien", souligne Sylvain Godinot, l'adjoint chargé du Patrimoine à la ville de Lyon.
Lancée dans le cadre du premier budget participatif de la ville, l'idée a été adoptée en décembre et dotée d'un budget de 250.000 euros, puis confiée au Service archéologique municipal (SAVL) auquel les souterrains sont historiquement rattachés.
Le vaste réseau de tunnels maçonnés et de salles voutées enfoui à plus de vingt mètres sous la colline de la Croix Rousse tire son nom de son plan énigmatique en forme d'arêtes de poissons.
"Les catacombes de Paris sont un des sites les plus visités de la capitale, il serait temps de se pencher sur la question", bougonne Jean-Luc Chavent, un guide touristique de 70 ans. A défaut de mieux, ce spécialiste de circuits insolites "montre des photographies" à ses clients.
"La demande est très importante", confirme Bastien Gregis, le président d'une association locale, l'Ocra, qui organise des visites souterraines "partout sauf dans les arêtes", interdites d'accès par arrêté municipal.
Faute de visites réelles, un parcours virtuel permettrait de "lever la chape de plomb" sur ce site qui "nourrit tous les fantasmes", estime-t-il.
Les archéologues disposent déjà de relevés 3D, mais "ces données brutes doivent être transformées, allégées, pour un format adapté à la vulgarisation", explique Hervé Tronchère, géomorphologue au SAVL.
- "Qualité d'images" -
Dans son bureau encombré de dossiers, son ordinateur mouline de longues minutes pour restituer les visuels basiques qu'il a modélisés pour ses recherches. "Une des difficultés sera de passer à un produit sympa pour un public habitué à une certaine qualité d'image", admet-il.
Les archéologues municipaux ont dans un premier temps décrit les Arêtes comme un ouvrage militaire du XVIe siècle, avant que des datations au carbone 14 n'entraînent un bond de 15 siècles en les situant au tournant du premier millénaire, à l'époque où Rome avait choisi Lugdunum comme capitale des Trois Gaules.
De nouvelles études font aujourd'hui le lien avec un autre réseau souterrain construit à la même période sur les berges du Rhône, les galeries des Sarrasinières, explique Cyrille Ducourthial, qui coordonne les recherches du SAVL.
Le réseau cartographié couvre au total une trentaine de kilomètres, mais tout n'a pas été exploré, des tunnels ayant été murés au fil des aménagements urbains et des effondrements de terrain.
L'ensemble pourrait être un système de stockage lié au sanctuaire des Trois Gaules, où les représentants des provinces gauloises se réunissaient chaque été pour prêter allégeance à Rome, selon les dernières hypothèses du SAVL. Reste à savoir ce qui était stocké, par qui et pourquoi.
- "Da Vinci Code" -
"On est face à un truc majeur, c'est fabuleux... mais il y a vraiment des lacunes en termes de transparence et de pédagogie", regrette Mickael Mignet, un scénariste de bande dessinée qui travaille sur ce "sujet complexe" en vue d'un prochain album.
Au-delà des publications scientifiques, les galeries ont déjà suscité de multiples articles, récits, essais ésotériques et romans historiques.
Walid Nazim, un historien autodidacte, se prépare à publier une nouvelle enquête après avoir signé en 2001 "L'énigme des arêtes de poissons", un ouvrage à succès où il questionne le "secret" entourant les vestiges qu'il relie au trésor des Templiers.
"Il n'y a pas de secret" mais "parler, c'est augmenter le risque d'intrusion", argumente Sylvain Godinot, alors que des passionnés de souterrains, amateurs de frissons, d'urbex ou de messes noires, y font parfois des visites clandestines.
L'élu écologiste espère présenter la visite virtuelle en septembre 2024. D'ici là, reste à écrire le cahier des charges, lancer un appel d'offres et sélectionner un concepteur, sachant que les productions 3D les plus sophistiquées coûtent plusieurs millions d'euros.
Sans idée précise sur la forme, les archéologues municipaux comptent en tout cas "s'en tenir aux faits scientifiques" pour les explications: "Pas question de faire du Da Vinci Code".
H.Thompson--AT