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Les profits de Meta bondissent, mais le marché attend des résultats dans l'IA
Meta a conclu l'année 2024 avec des revenus et profits en forte hausse et supérieurs aux prévisions, mais le marché n'a d'yeux que pour l'intelligence artificielle (IA), à cause des investissements mirobolants engagés par le géant des réseaux sociaux.
La maison mère de Facebook, Instagram, et WhatsApp a réalisé 48,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires au quatrième trimestre (+21% sur un an), dont elle a dégagé 20,8 milliards de bénéfice net (+50% sur un an), sans susciter d'enthousiasme à Wall Street.
"La solide croissance des recettes de Meta masque un problème imminent", a réagi l'analyste Debra Aho Williamson.
"Ses perspectives de revenus pour le premier trimestre sont inférieures aux attentes, et elle prévoit des dépenses exorbitantes dans l'IA en 2025. La situation est donc préoccupante", a détaillé l'experte de Sonata Insights.
Le marché attend des preuves que les investissements colossaux des géants de la tech sont justifiés et vont porter leurs fruits, alors que la start-up chinoise DeepSeek vient de montrer qu'il était possible de rivaliser avec ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) et Llama (Meta) pour une fraction des coûts.
Meta a annoncé la semaine dernière que ses dépenses d'investissement seraient comprises entre 60 et 65 milliards de dollars cette année, soit 50% de plus qu'en 2024, principalement pour renforcer sa position dans la course à l'intelligence artificielle (IA) générative.
"Je n'arrête pas de répéter à mes équipes que (l'année 2025) va être intense", a dit Mark Zuckerberg, patron du groupe californien, lors de la conférence aux analystes.
- Objectif "vague" -
Le groupe californien a intégré Meta AI, à ses différents services et sur ses lunettes connectées Ray-Ban, dans l'espoir qu'il devienne l'assistant IA le plus utilisé dans le monde, malgré l'avance de ChatGPT.
En décembre 2024, 3,35 milliards de personnes dans le monde se connectaient tous les jours sur au moins une des plateformes de Meta.
Le recours à Meta AI "croît le plus vite sur WhatsApp", a indiqué Susan Li, la directrice financière de l'entreprise. "Les utilisateurs s'en servent pour trouver des informations et du soutien émotionnel".
"L'objectif de Mark Zuckerberg d'atteindre 1 milliard de personnes avec Meta AI en 2025 est suffisamment vague pour qu'il soit certainement possible d'y arriver", a commenté Debra Aho Williamson.
Face au succès de DeepSeek, Meta a entrepris de disséquer le nouveau modèle chinois pour améliorer Llama.
Mais selon Mark Zuckerberg, cela ne veut pas dire que les coûts vont baisser.
"Je continue de penser que le fait d'investir massivement dans les infrastructures constituera un avantage stratégique. Il est possible que nous apprenions le contraire à un moment donné, mais c'est beaucoup trop tôt", a-t-il déclaré, soulignant que Meta "sert beaucoup de gens".
Les dépenses de la firme américaine sont d'autant plus scrutées qu'elle perd plusieurs milliards tous les trimestres dans sa branche "Reality Labs", dédiée au métavers, un univers ou le réel et le virtuel se mélangent via les écrans et les lunettes et casques de réalité mixte (virtuelle et augmentée).
En 2024, Reality Labs a creusé ses pertes à 17,7 milliards de dollars.
- Annonceurs "préoccupés" -
"Meta sort de son adolescence et de ses obsessions maladroites sur le +métavers+ et se transforme en géant de la publicité numérique, plus musclé et plus concentré", estime Jeremy Goldman de Emarketer.
Mais les récents changements de politique, pour aligner les plateformes avec la nouvelle administration américaine et Donald Trump, inquiètent les analystes.
Mark Zuckerberg a notamment mis fin au programme de vérification indépendante des faits aux Etats-Unis, conçu pour lutter contre la désinformation, et assoupli la modération des contenus, autorisant plus de discours haineux, notamment.
"Les prévisions plus légères qu'attendu pour ce trimestre montrent que ces récentes modifications (...) pourraient avoir un impact sur les recettes", a souligné Debra Aho Williamson.
"Les annonceurs sont préoccupés, ils ont en tête les performances habituellement fortes de la pub sur Meta mais aussi le risque que le ton des conversations sur ses réseaux puisse être moins sûr pour les marques à l'avenir."
Susan Li a assuré que les changements apportés au règlement n'avaient pas eu d'impact "remarquable" sur les dépenses des annonceurs pour l'instant.
Et Mark Zuckerberg s'est félicité que les Etats-Unis aient désormais un "gouvernement fier de nos grandes entreprises, attaché à la victoire des technologies américaines".
Meta a accepté mercredi de payer 25 millions de dollars de dédommagements à Donald Trump pour mettre fin à ses poursuites engagées après la suspension en 2021 de ses comptes Facebook et Instagram, pour avoir encouragé ses partisans lors de l'assaut du Capitole à Washington.
W.Moreno--AT