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Face au succès de l'IA chinoise, la tech américaine voit rouge
L'irruption du rival chinois de ChatGPT sur la scène jusqu'à présent très américaine de l'intelligence artificielle (IA) a ravivé les angoisses de la Silicon Valley et de Washington, qui appellent à mettre les bouchées doubles pour battre la Chine avant qu'il ne soit trop tard.
"Si l'Amérique se laisse distancer par la Chine dans le domaine de l'IA, elle se laissera distancer partout: économiquement, militairement, scientifiquement, dans l'éducation, partout", a lancé mardi Chuck Schumer, sénateur démocrate.
La semaine dernière, la start-up chinoise DeepSeek a sorti un nouveau modèle d'IA générative similaire à ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google) et d'autres, pour une fraction des coûts induits par les géants américains.
L'adoption ultra rapide de DeepSeek a suscité l'ébahissement, l'admiration, la chute de Nvidia (fournisseur de puces de pointe pour l'IA) à Wall Street et de nombreuses mises en garde.
"L'innovation de la Chine avec DeepSeek est frappante, mais ce n'est rien comparé à ce qui se passera si la Chine bat les États-Unis sur l'objectif ultime de l'AGI, l'intelligence artificielle générale", a continué Chuck Schumer devant les autres élus, évoquant le graal ultime d'OpenAI et ses concurrents: une IA aux capacités cognitives équivalentes à celles des humains.
"Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas permettre que cela se produise."
- "Phénoménal" -
Depuis des années, le gouvernement américain multiplie les mesures pour préserver son avance dans l'IA, considérée comme un enjeu de sécurité nationale.
Les contrôles à l'exportation restreignent ainsi l'accès de la Chine aux puces les plus sophistiquées, notamment celles de Nvidia, qui ont donné naissance à l'IA générative chez OpenAI.
Peine perdue: DeepSeek a indiqué s'être servi de semi-conducteurs de Nvidia, moins perfectionnés (dont l'importation est autorisée) et de méthodes différentes pour parvenir à un résultat équivalent aux meilleurs modèles américains.
L'application arrive en tête des téléchargements sur Apple et des entreprises américaines adoptent déjà l'interface de programmation du modèle pour leurs propres services d'IA.
Comme Perplexity, qui combine un assistant IA et un moteur de recherche.
"L'intégration du (modèle) R1 de DeepSeek avec la recherche en ligne, c'est vraiment phénoménal, on voit le modèle penser à voix haute comme une personne intelligente et consulter des centaines de sources", s'est félicité sux X Aravind Srinivas, patron de la start-up californienne.
Il a précisé que les données des utilisateurs sont hébergés sur des serveurs occidentaux.
Du patron de Microsoft Satya Nadella à Donald Trump, de nombreuses personnalités ont exhorté la tech américaine à considérer DeepSeek comme une incitation à mettre les bouchées doubles.
Sam Altman, patron d'OpenAI, s'est dit "impressionné", mais aussi "revigoré" par cette nouvelle concurrence.
- "Balle dans le pied" -
Mais de nombreux élus et figures de la tech associent avant tout les technologies chinoises à la désinformation et à l'espionnage.
"Soyons clairs: DeepSeek R1 est une autre branche numérique du Parti communiste chinois (qui) censure toute critique du Parti et du président Xi", a déclaré sur X l'élu républicain Mark Green.
"L'intégration de l'IA chinoise dans les sociétés occidentales devrait nous inquiéter", a réagi Ross Burley, cofondateur de l'ONG Centre for Information Resilience. "Nous avons vu à maintes reprises comment Pékin utilise sa domination technologique à des fins de surveillance, de contrôle et de coercition, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays".
Mark Zuckerberg, le patron de Meta (Facebook, Instagram), brandit l'épouvantail chinois face aux élus américains chaque fois qu'ils envisagent d'encadrer ses plateformes.
"DeepSeek fait du très bon travail (...) Mais si vous lui demandez si la (répression sur la) place Tiananmen a eu lieu, il le niera", a-t-il dit récemment au micro de Joe Rogan. "S'il doit y avoir un modèle open source que tout le monde utilise, nous devrions vouloir que ce soit un modèle américain, n'est-ce pas ?"
D'après le site spécialisé The Information, Meta a formé des groupes de crise pour disséquer DeepSeek et améliorer Llama, son propre modèle ouvert.
La peur de la Chine est si forte aux Etats-Unis qu'elle a permis, fait rarissime, d'unir les républicains et démocrates. Ils ont voté une loi l'année dernière pour interdire TikTok, filiale du groupe chinois ByteDance.
Une approche jugée contre-productive par de nombreux ingénieurs.
Zhiding Yu a ainsi raconté sur X comment un stagiaire chinois de son équipe chez Nvidia a choisi de rejoindre DeepSeek en 2023, quand la start-up était encore minuscule.
"Si nous continuons à fomenter des théories géopolitiques et à créer des environnements hostiles aux chercheurs chinois, nous nous tirons une balle dans le pied", a-t-il écrit. "Nous avons besoin d'une plus grande diversité de talents".
S.Jackson--AT