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Régulation de l'IA: malgré les craintes, Londres temporise pour attirer les entreprises
Malgré les préoccupations éthiques et sécuritaires autour de l'intelligence artificielle, le Premier ministre britannique Keir Starmer entend attirer les entreprises du secteur en leur laissant tester sur son sol leurs innovations avant toute régulation, à l'inverse de l'Union européenne.
"Je sais qu'il existe différentes approches dans le monde, mais nous sommes désormais maîtres de notre régime réglementaire", a souligné le dirigeant britannique en référence au Brexit, lors de la présentation lundi de son plan pour le secteur.
"Nous allons suivre notre propre voie: tester et comprendre l'IA avant de la réglementer, afin de nous assurer que lorsque nous le ferons, ce sera de manière proportionnée et sur la base de données scientifiques", a-t-il poursuivi.
Faire du Royaume-Uni un laboratoire de l'IA constitue un pari pour le Premier ministre: si la technologie prend une place croissante dans la vie quotidienne et l'économie, ses dérives potentielles en matière de sécurité, de désinformation ou de protection des données inquiètent de plus en plus.
Mais face à une économie en berne - croissance stagnante, coût de la dette au plus haut -, les perspectives de développement économique liées à l'IA sont trop décisives pour que Londres laisse "les opportunités lui échapper".
- "Course mondiale" -
"Oui, il y aura des problèmes au début", reconnaît le Premier ministre. "Une nouvelle technologie peut provoquer une réaction, une sorte de peur, une inhibition, une prudence."
Mais "ne nous devons pas perdre de vue le vaste potentiel qui existe ici", ajoute-t-il.
Les annonces d'investissements du secteur pour créer les centres de recherche, les infrastructures et les centres de données indispensables à la technologie se multiplient partout dans le monde depuis des mois et se comptent en dizaines de milliards de dollars.
"La course mondiale au leadership en matière d'IA est rapide et ne cesse de s'accélérer", insiste Keir Starmer.
Le Royaume-Uni espère avec son positionnement se distinguer de l'UE, à la pointe en matière de régulation des géants de la tech et qui a déjà fait passer une législation pour encadrer l'IA.
Les plans de Bruxelles pour le futur lui attirent déjà les critiques du secteur, y compris les entreprises du continent.
Se singulariser des Etats-Unis avec la promesse d'une régulation flexible "a posteriori" paraît en revanche plus compliqué: un boulevard semble se présenter aux géants de la tech avec le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, qui n'a jamais caché son intention de déréguler au maximum pour soutenir son économie.
- 14 milliards d'investissement -
Le plan britannique pour le secteur est constitué d'une cinquantaine de propositions, pas toujours très concrètes, comme la multiplication par 20 de la capacité de calcul du pays d'ici 2030, avec notamment un nouveau "superordinateur", ou la création de "zones de croissance de l'IA".
Des permis de construire y seront délivrés en accéléré afin de bâtir infrastructures et centres de stockage de données.
Trois entreprises technologiques - Vantage Data Centres, Kyndryl et Nscale - se sont déjà engagées à investir 14 milliards de livres (17 milliards d'euros) au Royaume-Uni, selon le gouvernement. Leurs projets devraient permettre de créer plus de 13.000 emplois.
Le gouvernement avait laissé entrevoir mi-décembre un premier exemple de son positionnement sur le secteur, en proposant d'autoriser par défaut les IA à utiliser des contenus créatifs pour "s'entraîner", comme par exemple la musique, à moins que les artistes ne s'y opposent expressément.
Les travaillistes estiment que leurs prédécesseurs conservateurs ont trop mis en avant les dangers de l'IA, auxquels le Premier ministre Rishi Sunak avait consacré un sommet en 2023, au détriment des bénéfices de cette technologie.
Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet, a érigé la relance de l'économie comme la priorité de son mandat. Mais il peine à tenir ses promesses avec une économie anémiée qui pourrait forcer le gouvernement à de nouvelles hausses d'impôts ou des coupes budgétaires.
M.O.Allen--AT