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Fêtard et imprévisible: Alexander Bublik, un ovni en huitièmes de Roland-Garros
Connu pour ses extravagances sur le court et son franc-parler, l'insaisissable Kazakh Alexander Bublik, adversaire lundi du N.5 mondial Jack Draper en huitièmes de finale à Roland-Garros, détonne sur un circuit ATP peuplé de "robots" et de "fous de la performance" qui le font se "sentir différent".
Début mars, Bublik, monté jusqu'au 17e rang mondial en mai 2024 et actuel 62e, s'incline au premier tour du Masters 1000 d'Indian Wells contre Yosuke Watanuki, modeste joueur japonais alors classé 349e.
Après cette huitième défaite en dix matches disputés en 2025, il chute au 82e rang, son pire classement depuis près de six ans.
"Si tu continues comme ça, tu vas bientôt être rayé de la carte du tennis", lui lance son entraîneur Artem Suprunov, qui lui fait alors une suggestion aussi fantasque que son joueur: "un trip à Vegas", à une heure d'avion.
"Genre, la gueule de bois à Vegas. Ouais, c'était trois bons jours", se marre avec le recul le Kazakh.
Inscrit au Challenger de Phoenix, un tournoi du circuit secondaire, il débarque "trois heures" avant son match.
"Je me suis dit: +Bon, là je suis nul, je ne peux plus gagner un match, alors autant y aller à fond, on verra bien+". Il se hisse jusqu'en finale, battu par l'étoile montante du tennis brésilien Joao Fonseca.
- "Je me suis cramé" -
L'anecdote s'ajoute à toutes celles qui font de Bublik un joueur réputé "différent" sur le circuit, lui qui lança provocateur en 2020 - avant de revenir sur ses déclarations deux ans plus tard - ne jouer au tennis "que pour l'argent".
"De mon point de vue, je suis quelqu'un de normal. Ce sont les autres qui me font me sentir différent", argumente-t-il.
"Je suis le gars que tu peux croiser en train de passer un bon moment dans les rues de Paris le soir avant un match. Pas à faire n'importe quoi, mais je suis sociable", développe-t-il.
Sous pression pour conserver son classement l'an passé, il dit s'être perdu à vouloir jouer le "soldat", "surveiller son alimentation", "arrêter de boire, de faire la fête".
"Je voulais atteindre le Masters, le top 10… mais ça ne fonctionne pas comme ça", et les résultats ne sont jamais venus: "je me suis cramé".
Alors que la colère monte chez plusieurs joueurs face aux cadences infernales du circuit, lui peut "sauter un entraînement" et trouver ça "normal".
"Aujourd'hui, tout le monde est comme des robots, des fous de la performance", dénonce-t-il. "Il y en a qui ont gagné 100 millions, 25 titres, et ils en veulent encore plus. Moi, je trouve que ça, ce n'est pas normal. Mais c'est moi qu'on traite de différent."
- "Tu prépares l'UFC ?" -
Il assume en revanche sa différence sur le court: "parce que j'y suis contraint".
Gros serveur, il engage parfois à la cuillère, tente des gestes improbables comme ce coup entre les jambes face à Alex De Minaur au deuxième tour, sur la balle de quatrième set.
"Parfois, je dois tenter des coups fous, même si ça semble étrange, parce que c'est ma seule chance", avance-t-il.
Bublik ne colle pas au profil de la plupart des nouveaux joueurs du circuit, capable d'engager de longs bras de fer avec leurs adversaires depuis la ligne de fond de court.
"J'en ai parlé avec Sasha (Zverev) ou Andrey (Rublev), ils me disaient: +Tu dois jouer 15 revers à la suite+. Et moi j'étais là: +15 ? Je peux en jouer trois+", rigole-t-il.
À son futur adversaire Jack Draper, un gaucher très costaud au bras surpuissant, il raconte avoir demandé: "Tu te prépares pour l'UFC (la plus importante ligue d'arts martiaux mixtes, NDLR) ou quoi ?"
"Je ne vais pas pouvoir jouer cinq heures et demie contre Jack demain. Je vais littéralement mourir sur le court. Je dois trouver d'autres moyens de gagner. Et j'ai beaucoup d'armes", prévient-il.
K.Hill--AT