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Boxe: Bruno Surace, et d'un coup la lumière
Outsider au parcours confidentiel, le boxeur marseillais Bruno Surace a vu en décembre sa vie basculer d'un seul coup, d'une droite parfaite qui a étendu le champion mexicain Jaime Munguia et a métamorphosé sa carrière.
A l'intérieur du gymnase Font-Vert, au cœur de la cité du même nom, dans les quartiers Nord de Marseille, on entend les cordes à sauter claquer et le bruit sourd des coups lancés sur les sacs de frappe. Bruno Surace, 26 ans, se prépare là, au milieu d'amateurs et de gamins du quartier accompagnés à l'entraînement par leurs mamans.
"Il y a des boxeurs, dès qu'ils gagnent un gros combat, ils prennent le cigare, ils veulent s'entraîner dans des belles salles, aller aux Etats-Unis, en Angleterre... Bruno est resté ici et il doit rester comme il est. C'est le boxeur du peuple!", assure son entraîneur Mourad "Coach Kayser" Haddu.
Mèche humide sur le front, sweat à capuche et oeil brillant, Surace en rigole. Une semaine plus tôt, il était à Londres, costume noir et chemise blanche, récompensé du prix de la "surprise de l'année" remis par le prestigieux Ring Magazine lors d'une soirée où il a croisé les stars de son sport, Oleksandr Usyk, Anthony Joshua ou Canelo Alvarez.
La fameuse "surprise" remonte au 14 décembre quand, contre toute attente, il a infligé un spectaculaire KO au redoutable Jaime Munguia, N.2 mondial des super-moyens, chez lui, à Tijuana, en Basse-Californie.
Le Mexicain préparait un combat pour une ceinture mondiale contre Christian Mbilli. Pour lui, Surace n'était qu'un faire-valoir.
- Traquenard à Tijuana -
Mais, au sixième round, devant 30.000 personnes médusées, son crochet du droit parfait a envoyé Munguia au sol, KO pour la première fois de sa carrière.
"Je suis à bonne distance, le crochet arrive à pleine puissance au menton, bien exécuté, au bon endroit. Donc il fait mal", a raconté le boxeur français à l'AFP lors d'une interview où il a détaillé la mécanique précise de ce geste juste.
"Tout est instinctif, les calculs sont intériorisés. Mon cerveau fonctionne en algorithme et va vite parce qu'on l'avait travaillé et que j'ai l'expérience. Mais c'est clair que c'est plus long à expliquer qu'à exécuter", se marre le Marseillais.
L'expédition, pourtant, n'avait rien d'évident. "Je vous le dis honnêtement, je n'étais pas très chaud... On a pris un gros risque", admet "Coach Kayser".
"Tijuana, c'était un peu traquenard, confirme Surace. On part à cinq seulement, un seul qui parle un peu anglais, aucun qui parle espagnol, on nous met dans des mauvaises conditions..."
Mais le boxeur de 26 ans, invaincu chez les professionnels, voulait saisir l'opportunité, lui qui parallèlement à sa carrière a poursuivi des études de droit et multiplié les petits boulots.
"C'est la première fois que je suis sur des télés américaines, dans un combat d'envergure à l'étranger. Je boxe une star, sur une terre de boxe. C'était un gros +gap+ par rapport à mes habitudes, mais je me suis toujours entraîné pour ça", raconte celui à qui on a "mis des gants aux mains à six ans plutôt qu'un ballon dans les pieds".
- David, Goliath et Rocky -
Revenu en France, embarqué dans un emballement médiatique inédit, il réalise qu'il y aura "un avant et un après" ce coup parfait mais écarte en riant le portrait fait de lui en "Rocky Balboa marseillais". De toutes façons, il n'a pas vu le film.
"C'est vrai que c'est une belle histoire. Disons David et Goliath, propose-t-il. Le petit Français va chez le méchant Mexicain, une terreur de son sport, et le met KO."
Avant de reprendre sérieusement l'entraînement, et en attendant d'en savoir plus sur son prochain combat, Surace a aussi pu confronter sa gestuelle de "boxeur esthète" au regard artistique d'Emmanuelle Luciani, scénographe et chorégraphe marseillaise avec qui il collabore depuis plus d'un an.
"Bruno a une conscience du corps extrêmement précise, une capacité à répéter un mouvement de manière extrêmement juste. On retrouve ça dans la danse", explique-t-elle.
"Il y a des points de convergence, confirme le boxeur. Elle a l'amour du beau geste, de la bonne exécution, moi aussi dans ma pratique. Ca m'aide à prendre conscience des mouvements."
Mais l'avenir, bien sûr, reste sur le ring. "Aujourd'hui, j'ai beaucoup plus de choix et l'ambition d'être champion du monde", assure Surace.
"Mais je veux la revanche avec Munguia. Il m'a donné mon opportunité, je veux lui rendre et montrer que ce n'était pas un coup heureux."
B.Torres--AT