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En RDC, des soignants démunis face à l'épidémie d'Ebola
Juchée à l'arrière d'une moto, une jeune femme arrive à bout de forces: à l'hôpital de Rwampara, l'un des foyers de l'épidémie de maladie Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC), les moyens manquent pour prendre en charge les malades.
La RDC a déclaré le 15 mai une épidémie causée par le virus Bundibugyo. Il n'existe ni vaccin, ni traitement spécifique contre ce virus qui provoque la maladie Ebola avec un taux de létalité allant jusqu'à 50%. L'OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale.
Plus de 900 cas suspects et 220 décès suspects ont déjà été recensés au 12e jour de l'épidémie, selon les bilans officiels. Mais l'ampleur réelle de la catastrophe sanitaire n'est pas encore connue et les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés.
La jeune patiente qui vient d'arriver à l'hôpital de Rwampara a passé le trajet serrée sur une moto entre sa sœur, assise à l'arrière, et le conducteur.
Un agent de santé prend sa température, 39,7 degrés celsius, et constate les premiers symptômes avant même qu'elle ne soit descendue du deux-roues: la jeune femme saigne du nez, l'un des symptômes les plus fréquents de la maladie Ebola, qui provoque une fièvre hémorragique souvent mortelle.
"Ça fait un mois qu'elle a accouché, et deux semaines après son accouchement elle a commencé à tomber malade", raconte sa sœur, sans donner son nom.
Les services de l'Etat sont largement absents dans la province orientale de l'Ituri, foyer de l'épidémie actuelle. Dans cette région, l'une des plus troublées en RDC, des groupes armés commettent régulièrement des massacres.
Face aux premiers symptômes de la maladie, les familles se trouvent bien souvent désarmées, en particulier dans les zones rurales.
"Nous avons pensé que c'était la malaria. Ensuite on lui a donné des comprimés et des plantes médicinales mais il n'y a eu aucun changement", lâche la sœur.
Le conducteur de moto, qui a conduit les deux femmes, ne porte qu'un simple masque chirurgical, mais ni gants, ni combinaison.
Dieudonné Sezabo, un agent de santé de l'hôpital de Rwampara, se hâte de l'asperger de chlore, lui et son véhicule, pour tenter d'empêcher la contamination.
Faute d'ambulance disponible, "les gens se débrouillent avec la moto", déplore-t-il.
Incapable de marcher seule, la jeune patiente est emmenée par sa sœur, bras nus, jusqu’à l'entrée de l'hôpital. Des agents de santé vêtus de combinaisons complètes la conduisent ensuite à l'isolement.
La riposte tarde à s'organiser en Ituri, région enclavée et largement dépendante de l'aéroport international de Bunia, la capitale provinciale située à une douzaine de kilomètres de Rwampara, pour l'acheminement de l'aide médicale.
Samedi, Kinshasa a annoncé l'interdiction de tous les vols à destination de Bunia, sauf autorisation spéciale.
- "Convaincre" -
En attendant d'indispensables livraisons de matériel, les équipes de l'hôpital de Rwampara ont été contraintes de déplacer les patients atteints de pathologies habituelles, afin d'aménager une salle d'isolement temporaire.
Les deux tentes d'isolement montées par l'ONG Alima dans les premiers jours de la riposte, ont été incendiées par une foule de jeunes en colère, qui voulaient récupérer le corps d'un de leurs camarades décédé d'Ebola.
L'émeute a été dispersée par des tirs de sommation des militaires.
"Notre crainte est que plusieurs malades qui étaient en isolement soient retournés dans la communauté après l'incendie du centre d'isolement", s'inquiète le docteur Isaac Mukengi, médecin directeur de l'hôpital de Rwampara.
"Nous déployons régulièrement des équipes sur le terrain pour retracer les malades, les convaincre de regagner le site de traitement afin de continuer à bénéficier des soins, et limiter la propagation de l'épidémie", dit-il.
Il s'agit de la 17ème épidémie de maladie Ebola en RDC, l'un des pays les plus pauvres du monde. Sans vaccin, les mesures pour tenter d'endiguer la propagation du virus reposent essentiellement sur le respect des mesures barrières et la détection rapide des cas.
"Pour que les bonnes pratiques et règles d'isolement, enterrements sécurisés, et traçage soient suivies, cela nécessite beaucoup de confiance envers les autorités sanitaires", souligne Pierre Boisselet, directeur de l'institut de recherche congolais Ebuteli.
Or, "la situation actuelle de conflit, et de fragmentation de l'autorité, ne semble a priori pas très favorable", estime-t-il.
Les équipes de santé essaient tant bien que mal de permettre aux proches des malades de leur rendre visite, sous la surveillance du personnel de santé, afin de limiter les tensions et d'encourager les patients à se rendre à l'hôpital.
"Moralement, il est important d'établir cette communication entre les patients et les membres de leurs familles", explique Ganoi Lamissa, référent logistique de l'ONG Alima.
"Cela rassure non seulement les malades, mais aussi les parents, qui peuvent savoir dans quelles conditions les patients sont pris en charge", dit-il.
A.Taylor--AT