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Dans la ville soudanaise d'El-Facher, soigner les blessés avec les moyens du bord
Avec un tissu enroulé autour du bras où sont encore logés des éclats d'obus, Mohamed, 8 ans, fait partie des plus chanceux à El-Facher, une ville de l'ouest du Soudan où d'autres blessés de la guerre souffrent plus que lui.
En guerre depuis deux ans contre l'armée, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ont lancé la semaine dernière une offensive meurtrière contre la capitale du Darfour-Nord et sa périphérie. Le système de santé s'y est effondré.
"Une voisine était infirmière, elle nous a aidés à stopper l'hémorragie", raconte à l'AFP le père de Mohamed, Issa Said, 27 ans, via une connexion satellite Starlink, tandis que les communications dans la région sont totalement coupées.
"Son bras est encore enflé. Il n'arrive pas à dormir en raison de la douleur", dit-il.
Comme les autres habitants d'El-Facher, assiégée depuis mai 2024 par les FSR, Issa ne peut pas emmener son fils aux urgences.
Les attaques répétées des FSR sur la ville, dernier chef-lieu de la vaste région du Darfour à leur échapper, ont rendu tout déplacement trop risqué pour les civils.
Par ailleurs, tous les établissements de santé de la ville ont été bombardés ou attaqués.
Des centaines de blessés se trouvent actuellement piégés dans la ville, estime Mohamed, un coordinateur de l'aide humanitaire qui s'est réfugié à El-Facher cette semaine.
- "Se contenter de ce qu'on a" -
Lui-même a été blessé à la cuisse lors de l'attaque meurtrière des paramilitaires contre le camp de déplacés de Zamzam, à 15 kilomètres au sud d'El-Facher.
Selon des sources humanitaires, des centaines de milliers de personnes ont fui Zamzam, touché par la famine selon l'ONU, pour se rendre en ville.
Les habitants d'El-Facher ont "ouvert leurs portes aux blessés", déclare Mohamed, qui, pour sa sécurité, n'a pas souhaité dévoiler son nom de famille.
Là, avec des notions rudimentaires de premiers secours et à l'aide de plantes médicinales, des civils tentent de prodiguer des premiers soins, traiter des brûlures ou des blessures causées par des balles et des éclats d'obus.
Mohamed Abakar, 29 ans, raconte qu'il allait chercher de l'eau lorsqu'il a été blessé par balle à la jambe, qui s'est fracturée.
Un voisin l'a traîné chez lui puis a confectionné une attelle à partir de morceaux de bois et de tissu.
"Même si ma jambe cassée guérit, la balle est toujours à l'intérieur", confie Mohamed à l'AFP.
Dans la ville, le matériel sanitaire est très limité.
"Si vous avez de l'argent, vous pouvez envoyer quelqu'un acheter des compresses stériles ou des analgésiques. Et encore si on en trouve. Il faut se contenter de ce qu'on a", explique Mohamed.
- Du sel comme désinfectant -
Les récentes attaques des FSR contre El-Facher et les camps de réfugiés environnants ont fait plus de 400 morts, a affirmé lundi l'ONU.
Une offensive à grande échelle des paramilitaires, qui encerclent la ville, pourrait être encore plus dévastatrice.
Les mises en garde se multiplient sur le risque d'une telle opération à El-Facher où, selon l'Unicef, au moins 825.000 enfants sont piégés dans un "enfer".
Après onze mois de siège et deux années de guerre, de nombreux habitants d'El-Facher se sont réfugiés dans des abris de fortune, souvent des trous creusés à la hâte, recouverts de sacs de sable, pour se protéger des bombardements.
Mais tout le monde ne parvient pas à se mettre à l'abri à temps.
Mercredi, un obus a traversé la maison de Hanaa Hamad, blessant son mari à l'abdomen.
"Un voisin et moi avons fait de notre mieux pour le soigner, on a désinfecté la plaie avec du sel de table et on a réussi à arrêter l'hémorragie", a raconté la femme de 34 ans à l'AFP.
Mais au petit matin, son mari a succombé à ses blessures, bien trop graves pour que des soins improvisés puissent le sauver.
Alité, Mohamed plaide lui pour une "intervention d'urgence par tous ceux qui peuvent sauver les gens".
L'organisation Médecins sans frontières a appelé vendredi à des largages d'aides.
"Si les routes vers El-Facher sont bloquées, des opérations aériennes doivent alors être lancées pour apporter de la nourriture et des médicaments à un million de personnes piégées là-bas et qui sont affamées", a déclaré le chef de mission, Rasmane Kabore.
T.Sanchez--AT