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En pleine crise ukrainienne, Poutine si seul à table et dans sa bulle
Ovale ou rectangulaire, une très longue table se dresse entre Vladimir Poutine et ses interlocuteurs, une précaution sanitaire qui renforce l'impression d'un président russe coupé du monde en pleine crise ukrainienne et alimente les moqueries en ligne.
Au cours d'un entretien mardi au Kremlin, M. Poutine et le chancelier allemand Olaf Scholz sont apparus assis de part et d'autre d'une table blanche longue de plusieurs mètres désormais familière aux observateurs de la Russie.
La scène s'était déjà produite la semaine dernière avec le président français Emmanuel Macron, le Kremlin expliquant que cette précaution sanitaire était prise pour tout invité étranger ayant refusé un dépistage anti-Covid par un médecin russe.
Ces scènes, inhabituelles pour des rencontres à si haut niveau, illustrent l'ampleur des précautions prises pour protéger le chef de l'Etat russe, âgé de 69 ans, de toute contamination en pleine pandémie de nouveau coronavirus.
Mais elles sont aussi vues comme le symptôme d'un dirigeant de plus en plus distant et isolé, dont les intentions concernant la crise ukrainienne restent indéchiffrables.
Lundi, M. Poutine a même imposé cette distance au chef de la diplomatie Sergueï Lavrov et au ministre de la Défense Sergueï Choïgou, un de ses amis avec qui il passait régulièrement des vacances.
Ils ont été contraints de s'asseoir à plusieurs mètres de lui pendant une réunion consacrée à l'Ukraine.
- "Solitude" -
En voyant ces photos, "il est évident qu'il (M. Poutine) est de plus en plus seul", estime le politologue indépendant Konstantin Kalatchev. "Cette solitude est manifeste : il ne se soucie plus de ce que les autres pensent de lui", ajoute-t-il.
Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a souligné mardi que ces mesures n'étaient que "provisoires" et liées au "pic de la vague" du variant Omicron du coronavirus, très contagieux et souvent asymptomatique.
"Il n'y a là rien de terrible ou d'extraordinaire. Nous traversons des temps qui rendent nécessaire de prendre des mesures un peu spéciales", a-t-il relativisé.
De fait, le président russe est entouré depuis des mois par une bulle sanitaire qui semble bien plus étanche que celle mise en place pour la plupart des autres dirigeants dans le monde.
Et cela alors qu'en Russie, il n'a imposé aucun confinement depuis celui du printemps 2020, au nom de la préservation de l'économie, si bien que le bilan de l'épidémie approche les 700.000 morts dans ce pays, selon l'agence des statistiques Rosstat.
Par contraste, les membres des délégations étrangères et les journalistes voulant se rendre au Kremlin doivent par exemple se soumettre à trois tests PCR dans les quatre jours qui précèdent.
Et les dirigeants en visite qui souhaitent avoir une proximité physique avec M. Poutine doivent accepter qu'un médecin du Kremlin leur introduise un écouvillon dans le nez. Ou sinon se contenter d'une chaise en bout de table.
- Moqueries -
Ces scènes ont suscité une avalanche de commentaires humoristiques sur les réseaux sociaux, loin des crispations autour de l'Ukraine, une crise qui a réveillé en Europe le spectre d'une nouvelle guerre.
En effet, la Russie, qui a massé plus de 100.000 militaires aux frontières de l'Ukraine, est accusée d'envisager une invasion de son voisin pro-occidental, ce que nie Moscou.
Alors que le président russe cultive l'image d'un homme fort, les "mèmes internet" le montrant à dos d'ours ont désormais laissé place à ceux suggérant au géant suédois IKEA de créer un modèle de table longue baptisé "Poutine" ou ceux imaginant la table du Kremlin en court de tennis ou en patinoire.
Avec ces photos, Vladimir Poutine "risque d'avoir l'air ridicule", relève le politologue Konstantin Kalatchev.
Même le dirigeant hongrois Viktor Orban, un allié européen de M. Poutine qui l'a reçu au Kremlin début février, "a plaisanté en disant qu'il n'avait jamais vu de table aussi longue", ajoute-t-il.
D'un autre côté, plaisante M. Kalatchev, ces photos "devraient soulager tout le monde (car) il est improbable qu'une personne faisant autant attention à sa santé déclenche la troisième guerre mondiale".
Th.Gonzalez--AT