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La Russie accusée de vouloir faire "geler" la population ukrainienne et de "déplacements forcés"
Les Etats-Unis ont accusé vendredi la Russie de vouloir faire "geler" la population ukrainienne cet hiver faute de pouvoir l'emporter sur le champ de bataille, au moment où Vladimir Poutine annonçait la poursuite du déplacement des habitants de la région méridionale de Kherson face à la pression de l'armée de Kiev.
L'Ukraine a dénoncé une politique de "déportation" vers l'est de son territoire sous contrôle russe, voire vers la Russie elle-même, et a pris à témoin la communauté internationale.
Celle-ci a multiplié les initiatives le même jour pour tenter de contraindre Moscou à arrêter son offensive, du chancelier allemand Olaf Scholz qui a demandé au président chinois Xi Jinping d'user de "son influence" en ce sens sur le Kremlin, au G7 réuni à Münster (Allemagne) qui a réitéré son soutien indéfectible à Kiev.
Les ministres des Affaires étrangères des sept pays industrialisés ont notamment convenu de mettre en place "un mécanisme de coordination" afin d'aider l'Ukraine à "réparer et défendre" ses installations d'approvisionnement en électricité et en eau massivement pilonnées ces dernières semaines par les Russes.
Car la Russie tente de compenser ses défaites militaires en Ukraine en ciblant des infrastructures vitales pour soumettre ce pays en faisant "geler" ses habitants pendant les mois les plus froids, a estimé à l'occasion du G7 le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken.
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) va pour sa part renforcer ses actions en Ukraine en vue de permettre aux agriculteurs de continuer à produire malgré le conflit.
- "Déplacements de masse forcés" -
Le président russe, sur la Place Rouge pour la fête de l'Unité nationale, n'a quant à lui pas dévié de sa rhétorique habituelle.
"En fournissant continuellement des armes à l'Ukraine, en y envoyant des mercenaires", les Occidentaux "favorisent leurs objectifs géopolitiques, qui n'ont rien à voir avec les intérêts du peuple ukrainien", a-t-il lancé.
Et cela vise "également à affaiblir, désintégrer, détruire la Russie", a martelé M. Poutine.
Concernant l'évacuation en cours de populations du sud de l'Ukraine, "ceux qui vivent actuellement à Kherson doivent être éloignés des zones de combat les plus dangereuses", a-t-il souligné.
"L'administration d'occupation russe a commencé des déplacements de masse forcés d'habitants" de cette région, a réagi le ministère ukrainien des Affaires étrangères, affirmant que "des déplacements similaires sont aussi opérés dans les provinces de Zaporijjia (sud), Lougansk et Donetsk (est), ainsi qu'en Crimée".
La semaine passée, les Russes avaient fait savoir que 70.000 habitants de Kherson et de sa région avaient été transférés sur la rive gauche du Dniepr, où Moscou contrôle mieux la situation.
Mais le ministère russe de la Défense a annoncé vendredi que ces mouvements de population se poursuivaient au rythme de "plus de 5.000" personnes par jour.
- "Du flan" -
Pourtant, à Arkhanguelské, un village de la région récemment repris par les troupes ukrainiennes et portant encore les traces d'intenses combats - uniformes russes ensanglantés dans les rues, destructions et odeur de cadavre émanant de certains bâtiments -, une habitante a raconté avoir accueilli les soldats ukrainiens en héros.
"Les soldats m'ont serrée si fort dans leurs bras que j'avais l'impression qu'ils étaient mes enfants", a dit Tamara Propokiv, 59 ans, les larmes aux yeux.
Anatoliï Maïstrenko et Antonina Voïtsechko, lui "tractoriste", elle infirmière, reconvertis en passeurs pendant l'occupation russe, ont raconté avoir aidé plus de 2.000 civils à rejoindre clandestinement les zones sous contrôle ukrainien, en leur faisant franchir sous les bombes une rivière, l'Ingoulets, dans leur canot pneumatique.
Pour endiguer la dynamique militaire ukrainienne, Vladimir Poutine s'est vanté sur la Place Rouge d'avoir même dépassé les objectifs de mobilisation de réservistes.
"Nous avons déjà 318.000" mobilisés et "des volontaires continuent d'arriver. Le nombre des volontaires ne diminue pas", s'est félicité le chef de l'Etat russe.
Des proches de soldats russes ont toutefois narré à l'AFP le "chaos" de cette mobilisation décrétée le 21 septembre.
"Tout ce qu'on nous montre à la télé, c'est du flan. On a l'impression que la décision de mobiliser a été prise brusquement et que personne n'était prêt", a commenté Tatiana, une femme dont le neveu a été recruté début octobre à Krasnogorsk.
Des milliers d'hommes russes ont aussi fui leur pays de peur d'être mobilisés, tandis que, très présent en Ukraine, le groupe paramilitaire Wagner a ouvert vendredi son premier quartier général officiel à Saint Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie.
- "Besoin aigu" de défense antiaérienne -
Sur le plan diplomatique, à l'occasion de la visite à Pékin d'Olaf Scholz, l'Allemagne et la Chine ont ensemble fait part de leur opposition à toute idée de frappe nucléaire, alors que Moscou a plusieurs fois brandi cette menace.
Les pays du G7 se sont joints à cette mise en garde, dénonçant dans leur communiqué final la "rhétorique nucléaire inacceptable de la Russie".
Les Occidentaux continuent par ailleurs de fournir une aide militaire tous azimuts à l'Ukraine : les Etats-Unis vont ainsi financer la modernisation de chars T-72 et de missiles sol-air HAWK dans le cadre d'un programme de quelque 400 millions de dollars.
"Nous reconnaissons le besoin aigu de défense antiaérienne en ce moment critique où la Russie et les forces russes font pleuvoir des missiles et des drones iraniens sur les infrastructures civiles" ukrainiennes, a à ce sujet déclaré vendredi à Kiev Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden.
P.Hernandez--AT