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Turkménistan: le président prépare son départ avec une présidentielle anticipée dès mars
L'excentrique et autoritaire président du Turkménistan a amorcé un passage de témoin avec l'annonce samedi d'une présidentielle anticipée en mars, son fils faisant figure de dauphin même si aucune annonce n'a encore été faite.
"Le président nous a donné pour instruction de préparer une présidentielle anticipée pour le 12 mars", a dit à l'AFP Bezerguen Garraïev, le porte-parole de la Commission électorale de ce pays reclus de l'Asie centrale ex-soviétique.
Vendredi, le dirigeant de 64 ans, aux commandes du pays depuis 15 ans, avait dit avoir pris "une décision difficile" sur son rôle du fait de son âge, indiquant que le pays avait besoin de "jeunes dirigeants".
Depuis des semaines, des spéculations allaient bon train au sujet de ce régime parmi les plus fermés au monde. Elles prédisaient que le président voulait céder la place à son fils Serdar, 40 ans, promu à plusieurs reprises ces dernières années.
Gourbangouly Berdymoukhamedov a laissé entendre vendredi, jour anniversaire de son élection à la présidence, qu'il voulait se retirer lors d'un discours devant une assemblée d'élus du parlement, de membres du gouvernement et de hauts responsables de l'Etat, mais ses propos n'ont pas été retransmis en direct par la télévision, les médias d'Etat résumant sa teneur par la suite.
"Il y a 15 ans, le 11 février 2007, une élection du président du Turkménistan a eu lieu dans notre pays. Mon peuple aimé m'a choisi alors pour la plus haute fonction de l'Etat, me faisant profondément confiance", a-t-il dit, dans un discours consacré à la stratégie de développement du pays pour 30 ans.
"La voie de la gouvernance en cette nouvelle étape de développement pour le pays doit être confiée à des dirigeants jeunes", a-t-il ensuite ajouté, signifiant son départ prochain de la présidence, mais disant vouloir conserver la tête de la chambre haute du Parlement, l'une de ses nombreuses casquettes.
M. Berdymoukhamedov, comme son prédécesseur Saparmourat Niazov mort fin 2006, a institué un culte de sa personnalité dans son pays. Il contrôle tous les leviers du pouvoir et aucune forme de critique n'y est autorisée.
Les forces de l'ordre et les services de sécurité y sont réputés impitoyables. Des hauts responsables déchus y sont aussi régulièrement contraints à des excuses télévisées.
- Cheval, chien, statue -
Le Turkménistan, pays riche en gaz, est cependant confronté à une crise économique, aggravée par la pandémie du coronavirus. Les autorités n'ont pourtant jamais reconnu le moindre cas dans le pays, tout en instaurant des mesures strictes de confinement et en rendant la vaccination obligatoire.
Le président turkmène, un ancien dentiste, aime aussi s'afficher à la télévision dans des mises en scène très chorégraphiées, galopant à cheval, faisant des courses de vélo ou composant de la musique avec son petit-fils. Certaines de ces vidéos, du fait de leur kitsch, rencontrent un large succès sur internet.
Le fils du président, Serdar, est déjà vice-Premier ministre en charge de l'économie, et a remplacé son père au poste hautement symbolique de chef de l'association nationale des chevaux Akhal-Teke, l'animal national.
En avril 2021, il a été porté à la dignité d'"honorable éleveur" d'alabaïs, une race de chiens révérée dans ce pays fermé d'Asie centrale.
Né le 29 juin 1957, Gourbangouly Berdymoukhamedov a d'abord choisi une carrière de dentiste et se serait occupé des dents de son prédécesseur Saparmourat Niazov avant d'être nommé ministre de la Santé par ce dernier, en 1997.
A la mort soudaine du président, qui dirigeait sans partage le Turkménistan depuis la dislocation de l'Union soviétique, Berdymoukhamedov arrive au sommet de l'Etat avec le soutien, vital, des services secrets.
Dans les premières années de sa présidence, il démantèle les symboles de son prédécesseur. La statue en or à l'effigie de Niazov est déplacée du centre d'Achkhabad, la capitale, vers sa banlieue.
Puis il met en place son propre culte de la personnalité. En 2015, les autorités inaugurent ainsi dans la capitale Achkhabad une statue en or équestre de Gourbangouly Berdymoukhamedov, une colombe perchée sur sa main gauche.
A.O.Scott--AT