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Le chancelier Merz dans la tourmente après un triomphe électoral de l'extrême droite
Le chancelier allemand Friedrich Merz est au défi lundi de réagir au triomphe électoral de la formation anti-immigration et prorusse AfD en Saxe-Anhalt, un scrutin qui place l'extrême droite en position favorable pour diriger une région allemande pour la première fois depuis 1945.
Le dirigeant conservateur enchaîne depuis son arrivée au pouvoir en mai 2025 les déconvenues, lui qui avait promis de juguler l'essor de l'AfD, devenue deuxième force du pays aux législatives de l'an dernier.
Il a mené une politique économique libérale et réduit l'immigration. Mais au final, l'extrême droite, menée par le charismatique Ulrich Siegmund, 35 ans, a infligé un camouflet historique au parti du chancelier, la CDU, le devançant avec 44% des suffrages contre moins de 18%.
Le grand vainqueur a ironisé dimanche en qualifiant M. Merz de "très bon agent de campagne électoral pour l'AfD".
Selon les projections de l’audiovisuel public allemand, il manque à l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) trois sièges au parlement régional pour atteindre la majorité absolue de 42 sièges.
Il s'agirait alors de débaucher quelques élus d'autres partis ou de former des alliances, avec le BSW, petite formation de gauche prorusse, en position de faiseur de roi.
Une période d'incertitude et de tractations s'ouvre sans doute en Saxe-Anhalt.
Mais le résultat constitue un séisme, tant la culture de contrition pour les crimes du nazisme reste profondément ancrée en Allemagne.
La classe politique s'efforce depuis des années de souligner la proximité entre l'AfD et les mouvances néonazies afin d'enrayer sa montée.
- Pires cauchemars -
Une figure de la communauté juive allemande, Charlotte Knobloch se dit horrifiée : "Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais pas pu imaginer que l’extrême droite puisse de nouveau gagner des élections en Allemagne de cette façon".
Fondée en 2013 comme parti eurosceptique, l'Alternative pour l'Allemagne s'est muée en parti antimigrants libéral, en particulier dans l'Est appauvri.
Comme le reste de la classe politique, la CDU exclut toute alliance avec l'AfD.
Mais Ulrich Siegmund et la cheffe de l'AfD à l'échelle nationale, Alice Weidel, ont évoqué dimanche soir leur "main tendue".
Lundi, M. Merz retrouvera la direction de son parti pour analyser la défaite, avant de s'exprimer devant la presse.
La seule manière pour la CDU de continuer de gouverner la Saxe-Anhalt serait une improbable alliance avec tous les autres partis, y compris l'extrême gauche.
Pour le député CDU Sepp Müller, c'est bien l'AfD qui "a le mandat pour former un gouvernement" dans cette région.
- Remplacer Merz ? -
Lars Klingbeil, vice-chancelier social-démocrate et ministre des Finances du gouvernement de coalition de M. Merz, voit lui dans la victoire de l'AfD un "signal à l'attention de Berlin".
Pour la CDU, ce résultat électoral est "plus qu'une lourde défaite", analyse Oliver Lembcke, professeur de sciences politiques à l'Université de la Ruhr à Bochum, interrogé par l'AFP dimanche, prédisant "une recomposition majeure du paysage partisan allemand".
Le chancelier était déjà fragilisé par les nombreuses disputes au sein de sa coalition. L'économie atone, l'inflation à cause de la guerre au Moyen-Orient, les tensions avec les Etats-Unis et la menace russe qui nourrit un réarmement au pas de course sont autant de défis pour le dirigeant allemand - et de munitions pour l'AfD.
Déjà au début de l'été, M. Merz avait été confronté à des rumeurs que des cadres de son camp voulaient le remplacer.
Dimanche soir, Torsten Frei, patron des députés conservateurs et ex-chef de cabinet du chancelier, a voulu désamorcer ce scénario, appelant à ne pas "tirer les mauvaises conclusions". "Il est essentiel d'être et de rester stables".
M. Merz n'aura pas le temps de souffler, deux autres élections étant prévues le 20 septembre.
En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, autre région de l'Est, l'AfD distance, selon les sondages, le SPD avec 35-37% contre 28-32%. A Berlin, CDU, AfD, et la gauche radicale Die Linke sont dans un mouchoir de poche.
D.Lopez--AT