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Pedro Sánchez assure que l'Espagne enquête toujours sur la crise de Ceuta, mais exonère le Maroc
Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez a fait lundi sa dernière rentrée politique avant les prochaines législatives sous le signe de la crise migratoire de Ceuta, assurant que l'Espagne continuait à "enquêter" sur ses causes, tout en écartant toute implication du Maroc.
"Nous continuons à enquêter" sur ce qu'il s'est passé, a assuré lundi sur la radio Cadena Ser Pedro Sánchez, un mois après l'arrivée de quelque 70.000 migrants depuis le Maroc dans le territoire espagnol situé en Afrique du Nord, une traversée qui a fait plusieurs dizaines de morts et de disparus. Plusieurs milliers sont encore sur place aujourd'hui.
"Le CNI (Centre national du renseignement) a partagé des rapports de situation, tout comme l’a fait la police nationale, mais je peux vous assurer qu’aucune information ne permettait de mesurer l’ampleur, la gravité de la crise que nous allions subir les 30 et 31 juillet", a-t-il pointé.
"Aucun service de renseignement avec lequel le gouvernement espagnol collabore habituellement ne fait apparaître le moindre doute, ou plutôt, quelque doute que ce soit quant à la participation, d'une manière ou d'une autre, des autorités marocaines", a assuré Pedro Sánchez.
- "Coopération, et non défiance" -
Pour certains analystes, la crise aurait pu être un message envoyé à l'Espagne par le royaume marocain sur la question du Sahara occidental --une ancienne colonie espagnole, contrôlée en majeure partie par le Maroc mais revendiquée par les indépendantistes du Polisario, soutenus par l'Algérie-- après une visite de M. Sánchez en Algérie en juillet.
"Nous devons être conscients que cette crise ne pourra être résolue que par la coopération, et non par la défiance envers le Maroc", a estimé le chef de gouvernement espagnol.
"Ce que nous savons à ce jour, c’est qu’un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet dernier a été déformé, qu’il a été propagé sur les réseaux sociaux à travers des rumeurs, de la désinformation, mais aussi par des organisations criminelles qui trafiquent des êtres humains", a-t-il fait valoir.
Certaines publications assuraient alors qu'en cas d'entrée à la nage à Ceuta, il était impossible d'être expulsé vers le Maroc, ce qui est faux, a rappelé le dirigeant socialiste.
Arrivés il y a un mois, quelque 5.000 migrants sont encore aujourd'hui présents à Ceuta, dont environ 1.200 mineurs non accompagnés, a assuré lundi Pedro Sánchez, les autorités locales évoquant quant à elles 10.000 migrants toujours présents.
Pedro Sánchez a assuré lundi que 6.000 places d'accueil seraient prochainement disponibles dans le territoire pour les migrants, dont le statut doit être vérifié par les autorités espagnoles avant un éventuel renvoi vers le Maroc.
Il a promis par ailleurs une aide supplémentaire de 168 millions d'euros pour faire face à la crise et à ses conséquences économiques à Ceuta.
- Tension vive -
Sur place, la tension reste vive et les manifestations d'habitants dénonçant des conditions d'hygiène et de sécurité dégradées sont fréquentes, l'opposition de droite et d'extrême droite fustigeant de son côté la lenteur de la réaction du gouvernement pour gérer la crise et ses conséquences.
"Après les 30 et 31 juillet, il y a eu une diffusion de rumeurs et de désinformation, de la part de réseaux sociaux liés aussi bien à la Russie qu'à Israël, et à une internationale d'ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l'Espagne, mais aussi pour attaquer l'Europe et la diviser", a estimé Pedro Sánchez.
A rebours de la plupart des pays européens, le gouvernement dirigé par le socialiste a adopté une politique migratoire très libérale, et a notamment mis en oeuvre au printemps dernier un vaste plan de régularisation, qui va profiter à plusieurs centaines de milliers de sans-papiers, en majorité originaire d'Amérique latine.
A quelques mois des législatives, la question sera sûrement au coeur de la prochaine campagne électorale, tout comme les nombreuses affaires judiciaires touchant le Parti socialiste ou des proches du Premier ministre, dont son prédécesseur José Luis Rodriguez Zapatero.
Interrogé sur le calendrier des élections à venir, Pedro Sánchez a répété son "intention d'aller au bout de la législature", à l'été 2027, semblant écarter a priori d'organiser les législatives avant les élections municipales et régionales prévues en mai 2027.
O.Ortiz--AT