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Niger: le régime militaire affirme reprendre le contrôle, les mutins retranchés à la base aérienne
Le régime militaire au pouvoir au Niger a affirmé samedi "reprendre progressivement le contrôle", après des heures d'échanges de tirs nourris aux abords de sites "sensibles" de la capitale, Niamey, avec des mutins qui sont désormais retranchés à la base militaire attenante à l'aéroport.
Le Niger est dirigé par le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir par un putsch en juillet 2023 et qui détient toujours captif le président renversé Mohamed Bazoum. Le régime a depuis tourné le dos à la France pour se rapprocher notamment de la Russie.
"Un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire a entrepris de séquestrer certains de leurs camarades dans la caserne de la base 101 de Niamey et d'effectuer des tirs sur certains sites sensibles de la ville de Niamey", a indiqué le ministre de la Défense, le général Salifou Mody, dans un communiqué lu à la télévision publique.
"La prompte réaction des forces de défense et de sécurité a permis de circonscrire ce mouvement d'humeur et de reprendre progressivement le contrôle de ces sites", a-t-il ajouté, appelant la population à "garder son calme et vaquer librement à ses occupations".
Selon une source sécuritaire régionale jointe en début d'après-midi, "les mutins sont retranchés à la base aérienne", ce qu'a confirmé une source diplomatique africaine.
Simple mutinerie ou tentative de coup d'Etat, leurs revendications restent pour l'heure inconnues.
"Tout est redevenu calme, on n'entend plus de tirs", a affirmé en fin de matinée un habitant du quartier de Yantala, proche de la présidence, dont les accès étaient bouclés par un fort dispositif militaire.
"Il y a eu une tentative de pénétrer dans le palais présidentiel par des insurgés issus des forces armées nigériennes. Ils ont été repoussés par la garde présidentielle", avait indiqué plus tôt dans la matinée à l'AFP une source sécuritaire basée en Afrique de l'Ouest.
"Il est clair que pour le moment la garde est restée loyale" au général Tiani, a confirmé un diplomate africain à Niamey.
- Appel à manifester -
Un appel "solennel à tous les patriotes sincères" à manifester sur une importance place de Niamey a par ailleurs été lancé par des soutiens du régime du général Tiani.
C'est la troisième fois cette année que Niamey connaît des échanges de tirs, mais en janvier et en juin il s'agissait d'attaques jihadistes qui avaient seulement visé l'aéroport international et la base militaire et qui avaient été repoussées en quelques heures.
Le signal de la télévision publique a été coupé pendant un peu plus d'une heure samedi matin, avant de revenir vers 10H00 (09H00 GMT).
Selon plusieurs habitants, les tirs et détonations ont démarré dans la nuit, vers 01H00 samedi (00H00 GMT), et se sont poursuivis dans la matinée dans plusieurs quartiers de la ville, notamment près de l'aéroport et de la présidence.
"Les murs tremblaient, mes tympans bourdonnaient", a confié un riverain du quartier de Talladjé, proche de l'aéroport.
Samedi, dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères algérien, pays voisin qui s'est récemment rapproché du Niger, a condamné les évènements et assuré Niamey "de sa pleine solidarité et de son ferme soutien".
La base 101 de l'armée de l'air, située dans le complexe de l'aéroport international, abrite notamment le quartier général des partenaires russes de Niamey, le groupe paramilitaire Africa Corps, ainsi que l'état-major de la force unifiée de l'Alliance des Etats du Sahel (AES), la confédération que le Niger forme avec le Burkina Faso et le Mali.
Le site est sensible: entre décembre et janvier, il accueillait une importante cargaison de concentré d'uranium, bloquée en attendant d'être exportée. Aucun mouvement de cette cargaison n'a été identifié depuis.
En janvier, après la première attaque jihadiste contre l'aéroport et la base militaire, Abdourahamane Tiani avait évoqué "une faille dans le dispositif" sécuritaire qui avait "permis l'attaque", dont "l'objectif était de détruire toutes les capacités aériennes" de l'armée.
Le Niger fait face depuis le milieu des années 2010 à des violences jihadistes qu'il peine à endiguer, comme ses voisins, le Burkina Faso et le Mali. Les trois pays, tous gouvernés par des juntes, ont tourné le dos à la France, leur ancien partenaire-clé dans la lutte antijihadiste, pour se rapprocher de la Russie.
La junte de Niamey accuse régulièrement l'ex-colonisateur français (le pays est indépendant depuis 1960) de financer les jihadistes pour la déstabiliser, ce que Paris nie.
W.Stewart--AT