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"Bouclier oriental": des soldats polonais et allemands sécurisent la frontière entre l’Otan et la Russie
Au cœur de la campagne polonaise, de terres agricoles et de villages paisibles, des camions militaires filent à toute allure sur des routes sinueuses vers l'une des frontières les plus sensibles d'Europe, séparant la Pologne de l'enclave russe de Kaliningrad.
Depuis cinq semaines, des soldats polonais et allemands travaillent ensemble à la fortifier pour empêcher une éventuelle tentative de passage par des forces hostiles: ils creusent des tranchées, posent des barbelés, installent des milliers d'obstacles antichar en béton, surnommés "hérissons", à travers les champs et les prés.
Leur travail s'inscrit dans l'initiative dite "Bouclier oriental", lancée par la Pologne en 2024, visant à sécuriser la longue frontière Est de ce pays, qui sépare l'Union européenne et l'Otan de la Russie et du Bélarus.
Outre les travaux de génie militaire, ce programme dont le coût global est estimé actuellement à environ 10 milliards d'euros prévoit notamment la construction d'énormes dépôts de matériel, le déploiement d'équipements de reconnaissance classique, électronique et satellitaire, de lutte antidrones mais aussi de capacités de riposte, et la la mise en place d'infrastructures diverses tout au long de ces frontières.
La Pologne, membre de l'Otan et de l'UE, compte parmi les membres de l'Alliance qui, en termes relatifs, dépensent le plus dans la Défense, y consacrant environ 5% de son produit intérieur brut.
La sécurisation de sa frontière de 210 kilomètres avec la Russie et de 418 km avec le Bélarus y compte pour beaucoup.
"Ça avait l'air totalement différent (avant)", indique le major allemand Martin, qui n'a pas pu communiquer son nom de famille.
"Aujourd'hui, en ce moment précis, c'est le moment de fermer les brèches", ajoute-t-il.
Et "c'était un immense défi logistique", déclare à l'AFP Jakob, un autre soldat allemand sur place.
– Dissuader la Russie –
L’ancienne zone marécageuse, détrempée par les récentes pluies, constitue déjà un obstacle naturel pour les véhicules lourds.
C'est en mariant les forces de la nature et la technologie militaire que l'armée polonaise et ses alliés espèrent pouvoir dissuader la menace russe, au moment où la guerre en Ukraine voisine entre dans sa cinquième année.
Des milliers de blocs tétrapodes de béton destinés à ralentir ou arrêter les blindés – jalonnent désormais la frontière, disposés en rangs par les troupes de génie, ou sont stockés dans de nombreux dépôts, prêts à être déployés rapidement, tout comme plusieurs centaines de milliers de mines dont la Pologne est en train de s'équiper.
"Les forces armées polonaises peuvent miner l'ensemble de la frontière orientale et septentrionale de la République de Pologne en l'espace de 48 heures", souligne le vice-ministre de la Défense Cezary Tomczyk.
Les Russes "savent ce qu'ils voient, mais ils ne savent pas ce que nous prévoyons d'en faire", insiste de son côté le lieutenant-général polonais Stanislaw Czosnek.
Dans le petit village de Budry, les vaches et les chevaux qui paissent dans les champs vallonnés ne laissent guère deviner l'enclave russe fortement militarisée de Kaliningrad, toute proche.
Ce territoire, qui borde la Pologne, la Lituanie et la mer Baltique, est lourdement équipé en armes, avions de chasse et missiles Iskander capables de frapper des cibles européennes.
Le nombre exact de soldats russes déployés à Kaliningrad reste inconnu, mais des centres d'analyse militaire l'estimaient à environ 20.000 ou 30.000 avant l'invasion de l'Ukraine en 2022.
La Flotte russe de la mer Baltique y a mené des exercices militaires en juin 2026.
– Coopération polono-allemande –
Pour certains en Pologne, particulièrement au sein de l'opposition nationaliste, la présence de forces allemandes sur le sol polonais reste pourtant controversée.
La région où les soldats polonais et allemands travaillent aujourd'hui côte à côte avait appartenu à l'Allemagne avant la Seconde guerre mondiale, tout comme Kaliningrad, ex-Koenigsberg.
Dévastée par les armées nazies durant la guerre, la Pologne a depuis normalisé les relations avec son voisin occidental, notamment depuis son adhésion à l'UE et à l'Otan, mais l'image de l'Allemagne en éternel croque-mitaine persiste.
Les deux pays ont signé en juin un accord renforcé de coopération en matière de mobilité militaire, de logistique, de sécurité de la mer Baltique et de cybersécurité, soulignant que cette coopération est nécessaire pour garantir la paix.
En décembre dernier, les ministères de la Défense polonais et allemand ont annoncé qu'un contingent de soldats allemands "de l'ordre de plusieurs dizaines" serait déployé de la mi-2026 à la fin 2027 pour soutenir l’initiative du Bouclier oriental.
"L'Allemagne et la Pologne - nous sommes l'Otan, nous sommes amis et nous sommes alliés", a souligné le général allemand Tilo Maedler.
À partir d'octobre, des soldats français, ainsi que des unités américaines et britanniques, participeront eux aussi à la sécurisation de la frontière orientale polonaise.
M.Robinson--AT