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Des rumeurs, un déferlement: chaos à la frontière entre le Maroc et Ceuta
Lorsque Fatima Zahra a "entendu dire" que la frontière avec l'Espagne était ouverte, elle a décidé de tenter sa chance. Comme elle, après des rumeurs amplifiées par les réseaux sociaux, des milliers de Marocains se sont rués sur Fnideq, la ville marocaine qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta.
D'après une source policière espagnole, quelque 40.000 migrants ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et Ceuta, donnant lieu à des scènes de chaos.
Vendredi matin, la désolation régnait sur la place où s'étaient rassemblées dans la nuit des milliers de personnes après une intervention musclée des forces de l'ordre pour repousser les jeunes vers les collines en surplomb.
A l'aube, les policiers ont utilisé des canons à eau et des lacrymogènes pour repousser les candidats au départ qui répliquaient par des jets de pierre souvent avec l'aide de frondes, selon un journaliste de l'AFP sur place.
Des incendies ont embrasé des dizaines de voitures, notamment des taxis informels avec lesquels ces personnes étaient arrivées la veille de villes aussi lointaines que Marrakech ou Kenitra.
Comment cet afflux a-t-il commencé? Difficile d'identifier l'élément déclencheur, mais plusieurs personnes interrogées par l'AFP ont évoqué un bouche-à-oreille sur l'ouverture des frontières et une grande quantité de publications sur les réseaux sociaux ou des plateformes très utilisées par les jeunes comme Discord.
- "Soudain" -
"J'étais à Tanger, où je travaillais. Je me suis réveillée le matin et j'ai entendu dire que (le poste frontalier de) Sebta (Ceuta, NDLR) avait ouvert à 22 heures (21H00 GMT, mercredi soir)", explique Fatima Zahra, qui précise avoir été prévenue par des amis.
"A ce moment-là, j'ai dit à ceux qui étaient avec moi qu'on allait y aller pour travailler", a-t-elle ajouté. La jeune Marocaine a dit vouloir partir parce qu'elle travaille "dans des conditions épouvantables".
Tanger, à 70 km de Fnideq, est une grande ville industrielle et portuaire où sont installées de nombreuses usines notamment de voitures.
"Nous nous sommes dit: tentons notre chance nous aussi", a dit Fatima Zahra.
Mais contrairement aux milliers de personnes qui ont réussi à franchir la frontière vers Ceuta, seul territoire européen en Afrique avec l'autre enclave de Melilla, Fatima Zahra et d'autres Marocains ont été refoulés.
Karim, autre candidat malheureux à l'émigration, a confirmé que beaucoup de gens "étaient à leur travail et soudain ils ont entendu dire que les frontières étaient ouvertes, que des jeunes étaient entrés et tout le monde s'est retrouvé ici".
La télévision locale espagnole El Faro a diffusé des images montrant des jeunes, dont une adolescente, qui faisaient le V de la victoire après être passés en Espagne.
Les réseaux sociaux ont largement relayé des images montrant de jeunes adolescents entrant dans Ceuta, parfois en simple maillot de bain et claquettes.
- "Mourir sous mes yeux" -
Abdelhakim, également renvoyé de Ceuta, a assuré avoir parcouru "14 km à pied à travers les montagnes" pour parvenir à la frontière dont il pensait lui aussi qu'elle était ouverte.
"Une fois arrivés ici, on nous a dit de passer par la mer. Je me suis alors retrouvé complètement submergé et j'ai vu deux jeunes hommes (...) mourir sous mes yeux", affirme-t-il.
"C'est là que j'ai reculé et me suis souvenu que j'ai deux enfants moi aussi et que je ne pouvais pas risquer ma vie", a-t-il poursuivi.
Au total, 18 personnes ont trouvé la mort, selon les autorités espagnoles, dans cette traversée dangereuse qui consiste à longer la mer en empruntant un mur très étroit ou à nager dans l'Atlantique jusqu'à Ceuta.
Cette crise a éclaté à un moment symbolique où le Maroc marquait la fête du Trône, célébrant l'accession au pouvoir en 1999 de Mohammed VI.
Le roi doit présider vendredi une traditionnelle cérémonie d'allégeance dans son palais de Tétouan, à une trentaine de kilomètres de Fnideq.
T.Sanchez--AT